16.08.10

Voici le texte écris par Michèle et Mammad, il reflète l'enthousiasme et de l'émerveillement qu'ils ont ressentit  lors des deux semaines passées avec nous aux Marquises:

Retrouver Chantal et Frédy à l’autre bout du monde, en Polynésie française, fut un immense bonheur. Nous aimerions dire, à tous leurs amis, que nos deux marins sont en pleine forme. Rentiers bronzés, heureux et détendus, Frédy et Chantal sont dans une étape paradisiaque (voire aphrodisiaque !) de leur tour du monde. Car, les Marquises, avec leur végétation luxuriante, leurs odeurs, leurs montagnes avec des pics à nous faire tourner la tête, sont des îles qui invitent à la bonne humeur. De plus, Chantal, bon pied, bon œil, est devenue un marin aguerri que l’on ne doit plus appeler « le mousse », mais bien « le Second » voire « le Capitaine » (même si Frédy résiste pour ne pas être détrôné !). A la barre dans les manœuvres, Chantal maîtrise Micromégas d’une main de Maître.

Bref, cela fut un plaisir de vivre à bord de Micromégas, pendant deux bonnes semaines. Un plaisir mariné dans la navigation, les excursions dans des vallées qui recèlent des sites archéologiques passionnants et les plongées dans des fonds marins fabuleux. Il suffit de prendre un masque et un tuba (à la portée de tous, enfin presque sauf pour Mammad !!!) pour découvrir des récifs coralliens avec des poissons de formes et couleurs infinies. On peut aussi (Frédy l’a expérimenté) nager au milieu des raies Manta, de tortues et de requins (inoffensifs, sauf erreur !).

Mais, comme tout plaisir, il peut être fragile. Rien ne laissait présager, le jour de notre arrivée, que notre croisière serait aussi enchanteresse. Car les pépins, ce jour-là, furent nombreux et éprouvants pour les nerfs de Frédy qui jurait comme un charretier. Il faut dire que le pauvre Micromégas n’avait déjà plus qu’un moteur lorsque ses deux alternateurs sont tombés en panne.  Topo, on imaginait déjà Micromégas en rade, bloqué, sans instrument ni “désalinisateur” ! Heureusement que les amis de Genève avaient dans leurs valises une hélice de rechange, et que la solidarité entre marins joue encore dans le Pacifique. Résultat, grâce à l’aide d’un Pascal, tout fut réparé le lendemain. Car, les Marquises, c’est aussi pour beaucoup de navigateurs, le lieu des retrouvailles. Frédy et Chantal retrouvèrent ainsi Pascal et Agnès avec leur catamaran artistiquement décoré, et qui font leur deuxième tour du monde. Puis, ils retrouvèrent Muriel, Hervé et leurs charmants enfants : Robin (12 ans) et Julie (10 ans) qui entament leur troisième et dernière année en mer avant de retourner à… Genève. Une famille genevoise bigrement sympathique, qui vit une aventure superbe, et que vous pouvez suivre, si le cœur vous en dit, sur leur site : www.favrenmer.ch Comble d’ironie, figurez-vous que la marraine de Robin et meilleure amie de Muriel est la voisine de pallier de Mammad ! Deux voisins qui ne se connaissent guère, et qui pourront faire connaissance grâce à des navigateurs qui se trouvent à l’autre bout du monde. Amusant, non ?

Ces retrouvailles entre marins nous ont offert des moments joyeux et même une fondue sur Micromégas que Chantal a organisée avec son sens du détail et de l’hospitalité : petites bougies helvétiques, drapeaux suisse cure-dents, serviettes de table rouges… Ce n’était pas le 1er août, mais l’ambiance était festive.

Durant ces deux semaines, les journées ont été bien variées : navigations, spectacles de danse (juillet est le mois des compétitions), rencontres avec les habitants, plongées et excursions dans des vallées à la recherche de cascades, pas toujours atteintes ! En effet, nous ne sommes jamais parvenus à la cascade de Vaipo, vantée dans un guide comme étant « la troisième plus haute cascade du monde qui se jette dans un site grandiose et exceptionnel ». Les soudaines pluies avec les risques d’éboulement de pierres nous ont forcés à renoncer tout proche du but. Mais, tant pis, car le pique-nique, assis les quatre sous un rocher, restera mémorable ainsi que le retour sur un sentier devenu si boueux, que nos chaussures s’embourbaient et furent lavées à grandes eaux lors de la traversée à gué de la rivière.

Les îles Marquises ont vraiment quelque chose d’unique. Non seulement les Marquisiens ont de merveilleuses légendes pour expliquer le monde et la naissance de leurs îles, mais leurs danses sont la quintessence de ce peuple qui a gardé avec la nature des liens très forts. Expressives et d’une gestuelle toute symbolique, ces danses, qui sont de véritables hymnes à la nature, racontent des histoires. Tout est question de récit ! Les Marquisiens sont de formidables conteurs. Ils aiment parler, car ce sont des gens qui prennent le temps, le temps de vivre. Pas de stress, pas d’embouteillage ! Les voitures dans ces îles sont presque inexistantes, même s’il y a quelques 4 X 4 sur les rares routes souvent de terre et impraticables par temps pluvieux. Les habitants se déplacent encore souvent à cheval, sans selle et pieds nus. Chacun se salue. Et, comme il n’y a presque pas de touristes, les gens sont accueillants. Le charme de ces îles est certainement lié à leur caractère original. Iles sauvages, loin de tout, elles sont demeurées à l’écart de tout contact pendant des siècles. Les premières tentatives d’approches furent infructueuses. Enfin peut-être pas pour les autochtones qui se régalaient d’aventuriers et des premiers missionnaires qui débarquaient là, en les dévorant crus ou mijotés. Les parties nobles (non, ce ne sont pas les bijoux de famille !) étaient les yeux et la cervelle, mets raffinés et réservés aux chefs guerriers. Cannibales redoutés jusqu’au XIXe siècle, les Polynésiens ont abandonné aujourd’hui tout sacrifice humain et sont devenus les êtres les plus hospitaliers du monde et d’une gentillesse hors du commun.

Ainsi, aller chercher des bananes chez l’habitant, peut prendre par exemple plus d’une heure. Cinq minutes pour couper le régime de bananes, le reste du temps sera consacré aux échanges et discussions, sur des terrasses ombragées tressées avec des feuilles de bananiers ou autres avec des vues uniques. Et, pour communiquer, comme les Marquisiens ont suivi les programmes scolaires français, ils parlent tous français. Pour nous, c’est une aubaine, car la langue marquisienne a des consonances impossibles à retenir. Les : Taiohae – Nuku Hiva – Hakaoui – Hatuatua – Hatiheu – Aakapa – Anaho – Uo Pou – Tai’ara’a – Ahima’a sont des sons mélodieux qui nous donnent envie de chanter « Tout va très bien mesdames les Marquises, tout va très bien tout va très bien », mais distinguer ces mots, c’est une autre affaire !

Bref nous remercions encore Chantal et Frédy de nous avoir permis de vivre de si belles aventures. Et Chantal, vous ne le croirez pas, nous offrait même dans les baies les plus reculées, presque sans civilisation (enfin faut pas rêver, tout le monde ou presque a quand même une antenne parabolique pour sa TV et son téléphone portable), de succulents cafés “Nespresso”.

 Oui ! Oui ! Exotisme et confort ! C’est pas des vacances, ça !

Mammad et Michèle

 

25.07.10

Une pièce commandée aux USA, envoyée par FedEx met dix jours pour nous parvenir, c’est le temps des Marquises ! Prendre du recul, admettre que nous sommes dans un monde dans lequel le temps n’a pas la même valeur qu'en Europe, apprendre qu'un bateau de plaisance ne fonctionne jamais entièrement, réparer en priorité les pannes qui mettent en jeu la sécurité, vivre avec les autres pannes qui ne doivent pas nous empêcher de jouir de moments fabuleux avec les Marquisiens ou avec d’autres voyageurs, ne pas se prendre la tête avec le confort, toute cette sophistication que nous embarquons pose plus de problème ici dans ces îles du bout du monde, s’asseoir, écouter un vieux Marquisien qui raconte une légende ou une anecdote de sa vie d’îlien, connaitre son avis sur le monde actuel et ses espérances pour le futur, c'est cela la vie ici. Il y a un intérêt nouveau dans ces îles pour l’histoire prés-européenne et les sites archéologiques d’Ua-Pou et de Nuku-Hiva en témoignent. Les vestiges des villages avec leur place de fête, les lieux rituels : mariages, tatouages, sacrifices humains et danses, ainsi que leurs dieux, les « tiki », sont restaurés et protégés. Sur certaines tables de sacrifice des gigantesques bagnants ont poussé et les os des sacrifiés remontent dans les racines volantes. C’est en 1797 que les premiers missionnaires arrivent aux Marquises et veulent évangéliser la population, mais beaucoup d’entres eux finirent comme les autres ennemis, dans le four Marquisien et furent consommés. C’est le fameux «cochon long» que les guerriers mangeaient, les morceaux de choix, les yeux à la coque ou gobés crus étaient réservés aux chefs et aux prêtres. Il fallut attendre 1842, pour que les Marquises deviennent Française et que cette situation change, puis ce sont les maladies importées qui on fait chuté la population de 60'000 habitants en 1842 à 2'094 en 1921. les Marquisiens étaient au bord de l’extinction. Avec nos amis Michèle et Mammad nous avons fait des belles randonnées, vers les incroyables pics d’Ua-Pou, de la baie d’Anaho à Hatiheu ou encore vers la cascade de Hakaui sur Nuku-Hiva. Admirer les fonds marins de la baie d’Anaho, nager avec des tortues, des requins et des raies Manta sont des privilèges rares dans le monde actuel. Nous avons également eu la joie de voir enfin nos amis Muriel et Hervé ainsi que leurs enfants à bord du catamaran « Kangaroo », cela faisait deux ans que l’on se suivait, que l’on se croisait, que l’on n’était jamais aux mêmes endroits en même temps. Quand des Suisses se rencontrent au milieu de Pacifique sud, que font-ils ? Vous avez deviné bien sur, ils mangent une fondue ! Le mois de juillet en Polynésie Française, c’est le mois des fêtes. Dans chaque village des baraques sont construites autour d’une piste de danse où se produisent des groupes issus des différentes vallées de l’île. Les soirs des week-ends, les groupes s’affrontent dans un concours avec différents thèmes, danse Tahitienne, danse Marquisienne, danse du cochon ou encore danse des oiseaux. Les costumes sont superbes le plus souvent réalisés avec des matériaux naturels, feuilles de palmier ou écorces diverses et bien entendu les couronnes de fleurs. Avant de quitter cet archipel, nous avons mangé une chèvre cuite pendant 7 heures dans le four Marquisien de Mai et Maria (atteignables à la VHF 71). Le four est un trou dans lequel est fait un feu, puis les braises sont couvertes avec des pierres de lave. Dès que les pierres sont chauffées à blanc, les aliments sont disposés dessus et le four est recouvert de feuilles de bananier et de sable. Ce charmant couple prépare régulièrement une chèvre ou un cochon pour une quinzaine de navigateurs de passage, cela aussi c’est une expérience unique et un point final inoubliable de notre croisière aux Marquises ces îles dont la nature verte et fleurie est un vrai enchantement, un jardin d'Eden.

 
27.06.10

Hiva-Oa, notre première île des Marquises, c’est aussi un lieu de passage obligé pour les formalités. La gendarmerie nationale s’en occupe, les uniformes sont Français mais les polynésiens qui les portent sont très "couleur locale", avec leurs tatouages et leur gentillesse. L’accueil et l’hospitalité sont des notions très importantes dans la culture polynésienne. Un des commandements du code de conduite polynésien qui date du cinquième siècle dit : « Ne regarde pas avec indifférence le voyageur qui passe devant ta porte. Tu dois l’inviter à entrer chez toi (…) » Cet état d’esprit, nous l’avons rencontré partout, les gens prennent le temps de nous parler, nous offrent des fruits ou nous invitent pour la chasse ou pour un repas. Quant on demande à un indigène couché s’il est fatigué il nous répond : "non tranquille, il ne faut pas attendre d’être fatigué pour se reposer !" Cela illustre bien cette tranquillité qui est présente sur ces îles du bout du monde, ces îles hors du temps avaient déjà séduit Paul Gauguin et Jacques Brel. A Hiva-Oa il vaut la peine de visiter le musée Gauguin, de nombreuses reproductions de toiles peintes aux Marquises peuvent y être admirées ainsi que sa maison. L’espace Brel, avec quelques unes de ses affiches exposées autour de son avion « Jojo » est également un musée intéressant. Fatu-Hiva, la plus méridionale des îles Marquises, avec sa superbe Baie des Vierges, vit encore plus que les autres hors du temps. Elle n’a pas d’aérodrome et le cargo de Tahiti passe toutes les trois semaines. Le passage de ce cargo est un événement important pour tous les habitants de toutes les îles Marquises. Tout arrive par ce bateau, matériaux de constructions, pièce de rechanges et nourriture. Quant il y a un quai le navire accoste et tous les habitants sont là avec leur pickup Toyota pour réceptionner leur commande, c’est la fête, la vie s’arrête. Le scénario est le même à Ua-Pou et à Nuku-Hiva. Ces îles sont pas sur peuplées ni envahies par le tourisme, il n’y a que les bateaux de plaisances et les passagers payant du cargo qui visitent ces îles. Les plus grandes ont une population de 2'000 habitants et les villages rarement plus de 180 à 200 habitants. Les routes sont inexistantes, il n’y a que des pistes très escarpées pour aller dans certains villages, d’autres sont accessibles seulement à pied, à cheval ou en bateau. Le mode de vie Marquisien est pour nous une découverte extraordinaire, c’est comme cela que certaines vallées des Alpes Suisse devaient être dans la première moitié du XXème siècle. A Nuku-Hiva Didier a pris l’avion pour Papeete ou il va embarquer pour un vol retour sur l’Europe. Merci à toi Didier, pour ton aide, c’était un plaisir de naviguer avec un bon équipier, grand ami de notre famille.

 
10.06.10

Un char de grenadier qui roule à vive allure sur une piste défoncée avec des obus qui explosent sur le blindage, c'est le bruit que l'on subit sur un catamaran, au large avec 30 nœuds de vent. Les hélices qui tournent, les safrans qui vibrent lors des départs aux surfs, les vagues qui tapent sous la nacelle à vous faire tomber les verres sur la table ou casser la vaisselle dans les placards. Au large dans la brise, un catamaran est aussi inconfortable qu'un monocoque, c'est un bateau qui navigue, qui bouge et qui vit sa vie. Mais jusqu'à 20 nœuds de vent, un catamaran cela vous change la vie, il allie confort, espace et vitesse, le tout à plat ce qui est appréciable. L'alizé est régulier, nous faisons de moyennes journalières entre 170 et 200 milles, mais ce qui différencie le Pacifique, c'est la gigantesque houle du sud d'un hauteur de 3 à 5 mètres, mais avec une période de 20 secondes. Le quotidien s'est adapté au rythme de cette "transPac", notre équipier Didier se partage les nuits avec le skipper et les journées tournent autour des repas, de la vaisselle, de la pêche, des parties endiablées de scrabble et de jass et d'un peu de cinéma en fin de journée. Chantal, que je n'ose plus appeler la mousse, participe à toutes les activités du bord, y compris le conditionnement du poisson après la pêche, elle est devenue un marin a part entière. Nous avons pêcher un thon, une dorade coryphène, mais Didier a réussi à remonter un tazard de 1,60 mètre qui devait peser près de 30 kilos. Alors nous avons décrété un moratoire pour la pêche, car notre frigo est plein et que le poisson figure au menu tous les jours. Nous avons aussi commencé à sécher quelques morceaux, que nous consommerons plus tard. Une traversée idéale, comme dans les livres, 3'191 milles en 19 jours, soit une moyenne de 6,9 nœuds pour arriver à Hiva-Oa. L'alizé était bien établi entre 15 et 20 nœuds, sauf deux jours de brise à 25 et 30 nœuds et deux autres journées de calme à moins de 10 nœuds. Nous avons parcouru 202 milles en 24 heures pour notre meilleure journée et 115 pour notre plus lente. Aux niveau des problèmes, nous avons perdu l'hélice bâbord et avons un problème de refroidissement sur le générateur. Mais maintenant nous sommes en Polynésie! Le skipper a enfin atteint son but et vit ses rêves, ouf! dès maintenant nous pourrons encore mieux prendre le temps de vivre, n'est-ce pas le leitmotiv de notre voyage, "prends le temps ...".

19.05.10

Après quelques escales dans l’archipel des Las Perlas nous quittons le Panama et entamons la traversée pour les Galápagos. C’est une navigation un peu imprévisible, car nous devons traverser l’équateur et la zone de convergence qui lui est associée. Zone qui n’a pas de vent établi, où les grains et les orages sont parfois violents ou une petite aide des moteurs est le bienvenu. Nous avons eu de la chance, sur nos sept jours de traversée seulement un gros grain avec de la pluie et une rafale de vent à 40 nœuds. Sur un total de 927 milles nous en avons fait 290 au moteur, ce qui est raisonnable sur ce trajet à cette époque de l’année. Dès notre arrivée à Puerto Baquerizo Moreno sur l’île de San Cristobal, nous avons fait les inévitables formalités qui sont ici les plus chères payées au cours de notre voyage. Les fonctionnaires ont à peine quitté notre bord, que nous avons la visite des otaries qui sont vraiment sans gène, elles montent sur le pont de notre bateau et se laissent approcher de très près. Nous devons les chasser, car leurs salissures sont pires que celles des mouettes ! En ville elles dorment tout le long du front de mer, sur la plage, les bancs publics, et les places de jeux, il y en a des centaines. Notre agent Pablo nous a organisé une visite de l’île, les tortues géantes, les iguanes marins qui sont bruns foncés car ils mangent des algues noires, les oiseaux et plantes uniques de cet archipel. Nous sommes allés à la plage qui se situe juste à la sortie de la baie, munis de nos masques, palmes et combinaisons, car l’eau n’est plus qu’a 20 degrés. Sur le sable de nombreuses otaries se prélassent au soleil entre deux bains. Dans l’eau elles sont d’une agilité incroyable, joueuses et curieuses elles viennent nager tout près de nous, c’est une expérience vraiment unique. Il y a également des tortues marines en grand nombres qui nagent avec nous. Dommage, mais compréhensible que les bateaux ont interdiction de bouger du port d’entrée, sauf s’ils ont payé cher le droit de faire escale dans les quatre ports de l’archipel. Les mouillages sont totalement interdits ceci pour la protection de l’environnement et de la faune, suite à des abus et des déprédations qui étaient fait par certains plaisanciers. L'homo touristicus, est ici comme ailleurs une charge pour la faune, le comportement irresponsable de certains, par ignorance je l'avoue, met la faune à rude épreuve. Par exemple, se couvrir de produits toxiques (la crème solaire) pour aller se baigner avec les animaux est un exemple, car ces crèmes sont irritantes pour les yeux des otaries. Nous avons eu la visite à notre bord de Brittany, Danielle, Kai et Susie, des étudiants de l’université de Washington DC qui sont aux Galápagos pour faire un travail sur les énergies renouvelables, solaire et éolienne. Ils étaient très intéressés d'apprendre que nous vivons presque exclusivement de ces énergies. Demain nous partons pour la grande traversée sur les Marquises, 3'000 milles devant nous, toujours avec notre équipier Didier qui a pris goût au grand large.

 
04.05.10

Shelter Bay Marina, dans la zone du canal de Panama est construite dans l'ancienne base Américaine de "Fort Sherman". C'est de là que les bateaux de plaisance attendent pour le passage, attendent pour les formalités, attendent pour mettre le bateau à terre, attendent l'arrivée d'un avion ou attendent diverses pièces commandées aux USA ou ailleurs. Nous accueillons à bord notre équiper Didier qui va nous accompagner ces prochaines semaines. Puis arrive le grand jour, le passage tant attendu. Pour commencer nous nous déplaçons au point "F" et attendons le pilote, puis dans le courant de l'après-midi, avec notre pilote cap sur les trois écluses de Gatun. Arrivés face à la première porte nous prenons deux monocoques à couple et nous entrons dans l'écluse, on nous lance les toulines pour nous prendre les amarres et nous positionner derrière un cargo. la porte se ferme et le remplissage commence dans un impressionnant bouillonnement. C'est ainsi que nous montons de neufs mètres dans chaque écluse. A la sortie de la dernière, cap sur un mouillage pour la nuit, le pilote nous quitte en nous donnant rendez-vous pour le lendemain matin à six heures. La soirée est conviviale autour d'un repas partagé avec nos "line handler" australiens Bryan et Anne. En effet, pour le passage du canal chaque bateau doit avoir à son bord le skipper et quatre personnes pour manœuvrer les aussières de 50 mètres. Alors il est normal que les plaisanciers s'entre aident et que l'on fasse une fois le trajet comme équipier, moi même je l'ai fait avec Guillaume sur "Mirail". Au lever du jour avec notre nouveau pilote nous passons juste vers le chantier des nouvelles écluses qui seront inaugurées en 2014 pour le centième anniversaire du canal. Puis nous partons le long du chenal qui balise la traversée du lac Gatun et nous entrons dans la célèbre Galiott Cut, passage creusé à travers la montagne. C'est ici que le premier projet de canal de Ferdinand De Lesseps à échoué, avec 20'000 morts sur le chantier et le scandale financier qui s'en suivit. Après avoir parcouru 28 milles nous sommes devant l'écluse de Pedro Miguel, suivie un peu plus loin des deux écluses de Miraflores qui vont nous redescendre de 27 mètres. La différence, c'est que sur les écluses descendantes nous sommes normalement devant les cargos, mais nous étions seuls toujours avec nos monocoques à couple. Puis nous apercevons déjà le pont des Amériques, et là, c'est le Pacifique! Amarrage sur une bouée au Yacht Club de Balboa, remettre nos amarres louées à notre agent, se débarrasser de notre blindage de pneus et l'aventure peut continuer sur le plus grand océan du monde. Le passage du canal reste un moment très fort, riche en émotions, nous sommes sur l'une des merveille du monde moderne. L'organisation y est incroyable, les investissements pour l'agrandissement encore plus, cela va couter 7 milliards de dollars pour pouvoir passer avec des bateaux d'une capacité de 12'000 containers. Le trafique journalier actuel est en moyenne de 50 cargos d'une capacité d'environ 5000 containers, ce qui représente 5% du commerce maritime mondial. Un cargo paye de 60'000 à 200'000 dollars pour un passage, ce  qui rapportent 5 millions de dollars par jour à la compagnie du canal. Tous les travaux, élargissement, construction, dragage, entretien etc... sont fait 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et sans interrompre le trafique. Pour conclure il n'y a qu'un mot "phénoménal".

17.04.10 Grand Cayman, la principale des trois îles, celle où il y a la Capitale, George Town , et bien il n’y a rien d’autre à voir, que ce que l’on a déjà vu et revu. Six paquebots en rade le même jour ! Les Us Virgin ou St Martin sont battus, le chiffre d’affaire dans les boutiques de montres Suisse sans doute aussi. Ces îles sont connues pour leur activité bancaire et pour les nombreux pavillons de complaisance arborés par des yachts de luxe et sa plage longue de 7 miles avec tous les hôtels internationaux. Si la plongée vous intéresse les spots sont nombreux et les fonds préservés avec une eau limpide, si non ces îles n’ont strictement aucun intérêt.  Alors, après une escale de quelques jours pendant lesquels nos amis sont repartis,  (les bons moments entre amis passent décidément trop vite) cap au sud pour une traversée de 600 milles, avec l’alizé bien établi à 15 nœuds cette distance est avalée en quatre jours. Nous voila arrivé au Panama, dans l’archipel des San Blas, c’est le territoire des indiens « Kuna » qui ont une autonomie régionale. L’aéroport de Porvenir où nous faisons les formalités est construit sur un îlot et sa piste doit être plus petite que celle des portes avions que nous avons vu à Norfolk ! Deux vols journalier de la compagnie Aeroperlas, relie les San Blas à Panama City. L’archipel des San Blas est composé de centaines d’îlots, les plus petits abritent quelques cocotiers et une hutte. L’ilot est  occupé temporairement par une famille qui en est en général propriétaire et qui exploite les noix de coco. Les plus grandes îles comme Soledad par exemple, ont un village de 1'200 habitants sur une surface de trois hectares, avec de l’eau courante mais pas d’électricité. Ces villages ont des huttes , avec des toits en palmes ,dans les quelles vivent une famille, qui compte souvent 15 à 20 personnes de trois générations. Chaque village à une école, une église et une salle communale où les habitants se réunissent 2 à 3 fois par semaine pour débattre des travaux communautaires et de la politique du village. Les îles ne sont pas très éloignées de la côte, mais suffisamment pour les mettre à l’abri des insectes et des rongeurs. Les hommes vont avec leur pirogue à voile sur la côte, ils se fournissent en bois pour la construction des huttes, reviennent avec de la nourriture, fruits, légumes et du poisson péché en chemin. C’est aussi à la côte que sont construites ou plus tôt taillées les nouvelles pirogues qui ne sont que de troncs d’arbre évidé. De plus en plus d’hommes Kuna travaillent à Colon ou à Panama City ou encore au canal, alors que les femmes ont gardé leur rôle traditionnel. En effet,  la société Kuna est matriarcale, se sont les femmes qui transmettent le patrimoine, elles en sont propriétaires, elles élèvent les enfants qui sont nombreux et s’occupent des tâches domestiques.  Les jeunes femmes fabriquent les fameux « molas » ce sont jusqu’à 5 tissus multicolores découpés et mis les uns sur les autres puis cousus ensemble  à la main. Les femmes âgées vont les vendre car leur vue ne leur permet plus de coudre. Cette région est un vrai paradis pour naviguer, les distances sont courtes, les mouillages nombreux, l’eau limpide et les Kuna accueillants. Nos impressions : magique, féerique et intemporel  on se croit dans un autre monde, à  une autre époque.
 

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