16.11.11

Début novembre, les prévisions météo sont bonnes et nous partons pour la traversée. Les conditions de mer sont dures, 30 nœuds de secteur Sud Ouest, une mer agitée, faire du près dans des vagues de 3 à 4 mètres n'est pas une sinécure. Tout va cependant bien mis à part un petit mal de mer pour le skipper qui est le plus souvent couché. Après 24 heures de navigation nous reprenons un fichier grib, avec stupeur nous constatons qu'une dépression s'est formée sur notre chemin et les prévisions nous donnent des vents de l'ordre de 25 nœuds de secteur Sud, donc droit dans le nez. Dans ses conditions nous préférons retourner aux Fidji et attendre des jours meilleurs. Nous devons également dire que les autorités Fidjienne ont été exemplaires, pas de tracas inutile, nouvelles formalités faite en un rien de temps et gratuitement. Dans ce galop d'essai 350 milles, nous avons formé une bonne équipe, efficace et fiable en nous complétant très bien, mais nous avons cassé le roulement du tambours d'enrouleur de génois. La chance nous aidant, notre ami Jean-Marc nous prête un foc de 50% que nous pouvons porter sans problèmes jusqu' 35 nœuds de vent, mais nous devons utiliser notre profil d'enrouleur comme étai creux. Pour la compréhension de notre histoire je vais vous donner un petit cours de climatologie. Les oscillations océaniques, plus connue dans le Pacifique sous le nom de "el niño" et "el nina" déterminent le régime des vents. En effet, lors d'une année "el niño" c'est des marais barométriques qui se forment et laissent monter les dépressions jusque dans la zone tropicale. A l'inverse dans les années "el ninia" c'est des anticyclones très puissants de plus de 1035 Hp qui tiennent les tempêtes loin au Sud, mais qui génèrent des vents de l'ordre de 30 nœuds sur leurs flancs. Puis enfin dans les années où il n'y a pas d'oscillations significative comme cette année, ce sont des anticyclones faibles de 1020 Hp, qui ne sont pas très dynamiques et qui peuvent laisser passer des fronts voir une dépression se former spontanément dans leur zone. Vous avez certainement compris notre situation, ce qui nous est arrivé est ce qui pourrait nous arriver bientôt, car je pense que le départ est tout proche. Si cela vous intéresse allez voir sur le site www.metvuw.com c'est le site le plus consulté par les navigateurs en attente aux Fidji.

03.11.11

L'archipel des Fidji est formé de deux grandes îles et trois cents petites, un bassin de croisières parfait, des beaux paysages, une population accueillante et un bon service pour les bateaux. Ces îles furent aperçues pour la première fois par Abel Tasman au XVIIème siècle, puis le capitaine Cook y fit escale en 1770 et le capitaine Bligh (après la mutinerie du Bounty) traversa l'archipel dans sa chaloupe. Pour mettre fin aux guerres tribales et au pillage des richesses, les Fidji ont demandé la protection de la Grande Bretagne au XIXème siècle et sont devenus indépendants en 1970. La population compte 850'000 habitants dont 49% de mélanésiens, 45% d'indiens et 6% d'autre origines. Les mélanésiens sont très différents des polynésiens, leur peau est plus foncée, leur cheveux sont crépus et leur stature est nettement plus petite. Les femmes n'ont pas les cheveux long et la grâce des polynésiennes et la tenue vestimentaire est clairement d'inspiration indienne. Les commerces, le marché et les restaurants nous rappellent l'Inde au point de s'y méprendre, les affaires c'est sacré pour un indien. Nous avons fait notre entrée à Savu Savu sur l'île NE de Vanua Levu, puis notre route nous mène à travers le Bligh water aux îles Yasawa où nous avons eu le grand plaisir de retrouver Claudia et Jörg du bateau Dreamtime. Nous les avons connu il y a 4 ans aux Iles Canaries et nous sommes courus après jusqu'à maintenant. Nous allons gentiment à Lautoka, situé sur l'île SW de Viti Levu pour attendre la bonne météo en vue la grande traversée sur la Nouvelle Zélande. La traversée de 1'100 milles sur un océan qui pourrait nous réserver de grosses surprises car nous quittons la région tropicale et sa météo stable. En effet, au sud du 30ème nous arrivons dans les suites d'anticyclones, de dépressions et de fronts qui les accompagnent, donc nous devons bien choisir notre fenêtre météo. Nous nous réjouissons de revenir ici la saison prochaine pour découvrir mieux ces îles qui le méritent. Pour l'instant nous n'avons eu qu'un rapide aperçu de la population, des traditions, des beautés et des difficultés de navigation de cet archipel. A première vue il n'existe pas de guide nautique, les cartes ont des énormes zones non ou approximativement cartographiées et les mouillages sont le plus souvent profond avec des marées et des courants difficile à comprendre.

19.10.11

170 milles plus à l'ouest se trouve l'autre petite île Française, Futuna que nous avons atteint après une traversée très calme. Cette île de 4'000 habitants est non seulement isolée mais aussi dépendante de Wallis. Une liaison aérienne par jour avec sa voisine, un cargo par mois, une banque ouverte deux jours par mois, pas de pharmacie ni de téléphone mobile, oui le bonheur est possible sans parcmètres! Au super marché chaque client a un carnet de crédit ou sont notés scrupuleusement les achats, comme chez nous il y a 50 ans. Le paiement et fait lorsque la banque est ouverte, mais comme partout il y a les bons et les mauvais payeurs, du travail en perspective pour le chef du village. Ils y a trois royaumes, donc trois rois, qui ont une autorité coutumière avec les chefs de villages, le fonctionnement est le même qu'à Wallis. Ils est très compliqué de se lancer dans un commerce, car l'approvisionnement est compliqué et aléatoire à l'exemple de ce qui est arrivé à un couple de "papalani" (Européen en langage local) qui ont ouvert une pizzeria, le seul restaurant de Futuna. Ils commandent de la marchandises fraîches et surgelées, qui doivent arriver par le cargo, à la réception ils constatent que les dockers ont mal remplis les containers, les surgelés ont dégelés et les légumes sont arrivés congelés, le tout impropre à la consommation, donc impossible de travailler avant le prochain bateau! C'est aussi çà la vie tranquille sur une île du bout du monde. Maintenant cap sur la Mélanésie, avec une petite provision de confitures Françaises "Bonne Maman" aux fruits inconnus sous ces latitudes, cerises noires et rouges, fraises, abricots, prunes et autres. Au revoir Polynésie, baguettes et petits pains au chocolat.

10.10.11

Nous sommes le 23eme bateau de l'année qui fait son entrée à Wallis (pas Valais en allemand) mais la petite île Française nommée Uvea en polynésien qui est généralement associée à Futuna. Ces possessions Françaises forment un TOM (Territoire d'Outre Mer) depuis 1959, elles sont situées entre les Samoa et les Fidji. Découvertes en 1616 elle deviennent protectorat Français à la fin du XIXème siècle, les forces Américaines construisirent une piste d'aviation pendant la seconde guerre mondiale qui sert aujourd'hui d'aéroport civil. La population polynésienne est très préservée, elle n'a que peu subi l'influence des missionnaires, les chants et les traditions sont restés très vivants. Le roi entouré des chefs de villages, les Laveluas, ont plus d'influences que l'administration Française. Les 9'000 habitants sont catholiques, mais un catholicisme qui a du s'adapter aux coutumes locales. Les cathédrales sont d'architecture Normande et complètement surdimensionnées, cela donne un mélange assez spécial. Nous avons eu la chance d'assister à la célébration de Sainte Thérèse, la patronne d'une petite chapelle du village de Liku. La journée se déroule de manière suivante: très tôt le matin les hommes de chaque famille riche tuent un cochon qui est offert à la paroisse et les femmes préparent de la nourriture pour le repas de la fête. Avant la messe, les cochons sont alignés devant l'église, les pattes en l'air couchés sur un panier tressé rempli d'ignames. Au préalable ils ont été passés brièvement sur le feu et bourrés de feuilles de bananier ceci pour la bonne présentation. Suit l'office avec des chants polynésiens, puis à la fin de la messe, les chefs s'installent sous un couvert à l'ombre, le reste des hommes au soleil devant les cochons. C'est à ce moment que commence la cérémonie du kava, les chefs décident  ensuite à qui sont offerts les cochons. Sur chaque bête figure le nom du donateur, qui est annoncé et les chefs donnent le nom du bénéficiaire. Après cela, les chefs, les hommes et les invités, nous étions parmi ces derniers, prennent place autour d'une table couverte de victuailles quelques femmes nous servent et les autres attendent dehors. Ce gigantesque banquet ressemble à la dernière page d'un album d'Astérix le Gaulois. Dès la fin du repas, les femmes passent à table et dehors les jeunes hommes et femmes du village commencent les danses traditionnelles. Les membres des familles habitant un autre village paient les danseurs et les danseuses de leur parenté à coup de billets de 5'000 francs pacifique (environ   CHF. 55. --), ils le font d'une manière bien voyante pour afficher leur statut social. Cet argent revient en partie au chef de village qui en fera bénéficier la communauté, les cochons, l'argent et la nourriture sont un flux ininterrompu entre les individus et  entre les villages, ceci au profit de toute la communauté. En fin d'après-midi chaque bénéficiaire approche son véhicule et charge son cochon sous l'œil attentif du chef responsable de l'opération.

23.09.11

Nous voilà à Apia dans les Western Samoa, de retour au chaud dans la zone des alizés, loin de l'effet des puissants anticyclones du Sud. Nous sommes amarrés dans la marina de la capitale et avons profité de laver Micromégas à l'eau douce et au savon, il a subitement changé d'allure, il paraît plus neuf. Les deux principales îles des Western Samoa sont Upolu et Savai'i qui ont attiré au XIXème siècle des collons Allemand en majorité, Anglais et Américain. Un condominium des ces trois puissances, avec trois consuls qui soutenaient chacun un roi, qui entretenaient des guerres locales en armant les indigènes ont administré les Samoa jusqu'en 1918, puis après la première guerre mondiale les Anglais, via la Nouvelle Zélande ont dirigé ces îles jusqu'à l'indépendance en 1962. Aujourd'hui c'est un pays moderne, mais dépendant des puissances étrangères USA, Japon et Nouvelle Zélande qui pratiquent un néo colonialisme financier, car les Samoa importent tout et exportent seulement quelques fruits. Robert Louis Stevenson, tusitala "le conteur" en samoan, a vécu les cinq dernières années de sa vie dans sa propriété en dessus d'Apia et sa tombe se trouve au sommet du mont Vaea. Il est le plus célèbre habitant des Samoa. L'île d'Upolu, où se trouve la capitale, est la plus peuplée. A l'intérieur, la forêt tropicale très dense règne en maître, elle s'accroche sur des coteaux escarpés, elle est impénétrable, des rivières, des chutes d'eau et des vallées profondes ponctuent ce paysage. En dehors, les petits villages sont nombreux, les habitants pratiquent une agriculture vivrière et de l'élevage dans une terre volcanique très riche. L'habitation est restée traditionnelle. Ils vivent dans des "falés" qui sont en fait un toit, en pandanus, supporté par des piliers en bois, en dessous duquel est aménagé un plancher à 50 centimètres du sol. Sur cette surface, la vie familiale s'organise sur des nattes à même le sol, les matelas et les quelques meubles occupent également l'espace. La particularité, qui reste aussi dans des constructions plus modernes en béton et tôle ondulée, est l'absence de parois verticales. Il y a au plus quelques nattes ou tissus colorés pendus pour couper le vent et donner de l'ombre, la surface n'est pas divisée elle reste adaptable à des besoins changeants. Le "falé" est en général  peint avec des couleurs vives, décoré avec originalité et ses alentours agrémentés et égayés de fleurs et de bosquets. Il n'y a que les banquiers et les prêtres qui vivent dans des belles maisons, à l'occidentale avec climatisation et eau courante, avec le jardin clôturé et si possible un garage. Les églises sont énormes, avec des architectures diverses et souvent incongrues sous ces latitudes. Le reste de la population vit sur les côtes et développe le tourisme, activité encouragée par le gouvernement car c'est la seule ressource du pays avec le paradis fiscal qu'ils ont créé. La population reste pauvre et compte sur l'argent envoyé par les jeunes qui s'expatrient, malheureusement ces revenus sont dépensés dans les deux choses les plus superflues, et surreprésentées aux Samoa: les églises et les voitures.

17.09.11

Niuatoputapu, l'île la plus au nord des Tonga et également la plus isolée, elle est peuplée de 800 habitants. Le mode de vie sur cette île a un retard d'un siècle, les gens ne parlent pas ou très peu l'anglais, n'ont pas d'électricité, pas de produit de consommation superflu genre cannettes de bières ou de coca et pas d'emballages plastiques qui polluent leur environnement. Leur comportement est en certains points le même qu'a l'arrivée des premiers Européens, ils échangent des fruits contre des petits objets qui leur font plaisir: des piles, des vêtements, des tongs, du fil de pêche ou des perles en verroteries pour la fabrication de colliers. Ils vivent dans des maisons préfabriquées que la Nouvelle Zélande leur a donné suite à un tsunami qui à détruit toutes les cabanes en tôles ondulées. Ils font toujours la cuisine sur un feu ouvert, car le propane est cher et le ravitaillement aléatoire, un cargo par mois dessert l'île mais ce n'est pas garanti, et son chargement moins encore. La seule activité en dehors de la culture vivrière c'est le tissage des nattes en pandanus qui sont commercialisée à la capitale Nuku'alofa. Le peu d'argent gagné avec cette activité est remis pour la plus grande part à l'église et le reste pour l'achat de savon, riz, farine, sucre et de produits pétroliers, pour les hors-bord et les générateurs. Les seuls emplois sur l'île sont les fonctionnaires et les instituteurs et seul l'école a une connexion internet avec un générateur pour le courant électrique. Dans le village où nous sommes il y a une seule télévision avec une antenne satellite ce qui a permis à tous le village de voir le match d'ouverture de la coupe du monde de rugby qui se dispute en Nouvelle Zélande, événement important, car c'était les "all blacks" Néo Zélandais contre les Tonga. En Océanie le rugby est le sport le plus populaire, beaucoup plus que le football, sur toutes les îles il y a un terrain et des matchs amateurs avec des supporters qui dansent pour soutenir leur équipe, avec "fair-play" et bonne humeur, ce qui change des terrains de football Européens. Nous avons également fait une visite sur l'île en face, Tafahi, qui est un volcan éteint de forme parfaitement conique, d'une altitude de 600 mètres et sur ses flancs un village de 40 habitants. Comme partout deux églises (concurrence oblige), une école et une salle de réunion pour les hommes où ils boivent le "kava" et regardent la télévision. Le "kava" est un jus fermenté extrait d'une racine, ses effets sont légèrement enivrants, l'avantage est qu'il abrutit sans rendre agressif mais provoque des caries et le déchaussement des dents, de plus il provoque de l'exéma sur tout le corps. Les hommes en boivent en fin de semaine, le soir après le travail aux champs et le dimanche après midi, car l'église le permet. L'école compte huit élèves de différents niveaux et une institutrice s'en occupe. Le contact avec la population est très enrichissant, nous donnons le surplus de notre pêche et de notre chasse sous marine à la population contre des fruits. Nous sommes contraints, comme les îliens, de trouver notre nourriture fraîche sous peine de ne manger que des boites de conserves ou de spaghettis. Avec mon ami Jean-Marc, du catamaran Lifou avec lequel nous naviguons depuis deux mois, je progresse à grands pas en matière de chasse sous marine. N'imaginez pas que c'est simple de repérer le poisson, de plonger en apnée à une dizaine de mètres, d'attendre sans bouger que le poisson comestible que l'on veut s'approche, de décocher une flèche dans la tête et de le ramener en vitesse dans l'annexe. Jean-Marc est un super prof et moi un élève assidu, tandis que nos femmes sont d'une patience exemplaire à nous attendre.

01.09.11

Après une fosse océanique profonde de 10'000 mètres, nous arrivons sur une montagne sous marine dont certaines pointes émergent, c'est les Tonga, un royaume situé juste sur la ceinture de feu du Pacifique et derrière la ligne de changement de date, nous avons d'un coup perdu 24 heures. Baptisé par Cook "friendly islands" en opposition avec Niue qu'il a nommé l'île sauvage, l'attitude des indigènes avait fait la différence.  L'histoire est partout, a quelques virgules près, la même: premières colonisation humaines il y a 2'000 ans, puis arrivée des premiers Européens, Schouten, Tasman, Wallis et bien sur Cook, suivi en 1820 des missionnaires et accès au pouvoir du roi Tupou Ier en 1845. La particularité des Tonga, est qu'ils n'ont jamais été colonisés, malgré les visées de l'Allemagne et grâce à la protection de l'Angleterre, le roi est toujours resté sur son trône et aujourd'hui encore le roi Tupou V règne sur ces îles. Les 105'000 habitants sont les plus pauvres que nous ayons vu en Polynésie, les lois d'immigrations en Nouvelle Zélande sont maintenant très strictes et rendent l'exode difficile, c'est le prix d'une indépendance totale qui n'est pas facile pour la population. Après une traversée sans histoire et la pêche d'un beau thon, nous arrivons à Neiafu dans le groupe des îles Vava'U, endroit très touristique avec une base de location de bateau. Ce groupe d'îles est composé d'un dédale de bras de mer, de motus, de mouillages, de baies et de rochers, le tout est couvert d'une épaisse végétation. Trouver un mouillage avec une protection tout temps ne pose pas de problème particulier, il sont tellement nombreux et tous plus beaux les uns que les autres. En dehors des mouillages, coté océan, l'eau est claire et chaude, 28° environ, les baleines à bosses, tout comme à Niue, fréquentent ce littoral. Les nuits sont fraîches et nous avons ressorti une petite couverture pour dormir bien au chaud, l'hiver n'est pas encore fini. Le dimanche, le jour du Seigneur il est illégal de travailler, de pêcher, de se baigner, de danser, il n'y a pas de radio ou de télévision qui émet, les commerces, les restaurants et même l'aéroport sont fermés. Mais j'ai plus vite fait d'énumérer les activités autorisées: très tôt le matin préparer le "ounou" le four traditionnel, aller à l'église, manger, faire une sieste et en fin d'après midi aller chanter à la maison communale. La tenue vestimentaire des hommes est une chemise et un pagne, le dimanche une cravate et une grande ceinture en tissage traditionnelle complète l'habillement, pour les femmes une même ceinture est portée sur la robe de tous les jours et pour les étrangers il est simplement interdit de se promener en tenue de plage ou sans chemise sous peine de poursuites, ceci tous les jours. L'église majoritaire est wesleyenne, mais le catholicisme, le protestantisme, l'anglicisme et les mormons sont aussi présents. Nous avons été invité par Ma'ake pour le repas du dimanche, donc après l'église nous nous rendons chez lui, la maison est très simple et dépourvue de mobilier, une natte est étalée à même le sol puis une nappe blanche avec deux feuilles de bananier en guise de plat. Le festin se compose de produits simples que l'on trouve en abondance sur l'île, fruit de l'arbre à pain, patates douces, tapioca, igname et taro. Le luxe de ce dimanche avec des invités était un poulet et une boite de corned-beef préparée avec des feuilles de taro. Ici le dicton "la religion c'est l'opium du peuple" prend tout son sens, avec en plus une dose d'alcool et un peu de "pakalolo" dans le tabac, cela aide à trimer dur et à accepter la pauvreté.

15.08.11

Un énorme bloc de corail sorti de la mer qui se trouve par 19° Sud, c'est Niue, qui est le plus petit état démocratique du monde. Les côtes sont partout abruptes avec de nombreuses grottes, un tout petit récif frangeant ceinture l'île et le plateau côtier est pratiquement inexistant. Dans la baie d'Alofi, la capitale, nous sommes amarrés à des bouées du Yacht Club où il y a 30 mètres de fonds avec des baleines à bosses qui nagent à moins de 10 mètres des bateaux. Ici ce n'est plus l'alizé qui domine mais les fronts occlus dans un marais barométrique. En effet, nous sommes entre deux systèmes, au sud les vents d'ouest souvent forts dus aux tempêtes de neige, et les alizés au nord, l'influence du continent Australien se fait sentir. Niue avec sa population de 1'400 habitants a le même statut que les îles Cook et dépend partiellement de la Nouvelle Zélande. Avec son vol hebdomadaire en provenance d'Auckland, Niue a commencé à s'ouvrir au tourisme, elle offre essentiellement des sites de plongée exceptionnels avec une visibilité de l'ordre de 30 mètres et bien sur l'observation des baleines, elles viennent mettre bas dans ces eaux tropicales pendant l'hiver austral. Le spectacle est fascinant, elles sautent, battent de la queue et frappent l'eau avec les nageoires pectorales, le spectacle est permanent et nous sommes toujours prêts, camera au poing, d'essayer de faire "LA PHOTO". L'accueil du commodore du Yacht Club, Keith Vial, restera dans nos mémoires, en premier lieu il nous explique comment sortir l'annexe de l'eau, car ici impossible de la laisser amarrer au quai, la houle nous la détruirait, alors il faut l'accrocher à la grue et sauter sur l'échelle puis la mettre sur des cases de stationnement à l'aide d'un charriot prévu à cet effet. Puis, il nous conduit, avec sa Mercedes, au local du club où il nous explique non seulement son fonctionnement mais aussi son importance, car il faut savoir que le Niue Yacht Club compte plus de membres que la population du pays, à cause des bateaux de passage qui s'inscrivent. Comme d'autres, nous sommes dorénavant membre du plus grand des petits Club du monde. Dès qu'il a su le métier que je faisais, il nous a conduit à la prison de Niue, un portail hors d'usage, un mur d'enceinte de 50 centimètres de haut et un bâtiment comportant six cellules, mais ici contrairement à la Suisse pas de surpopulation carcérale, la prison est le plus souvent vide. A côté de la prison il y a le golf club, ici pas besoin de "golf cart", ceux qui ne veulent pas marcher font le parcours avec leur voiture, pas de chichi, la vie est simple et rustique. Nous avons loué une voiture pour faire les 50 kilomètres que représente le tour de l'île et découvrons des villages partiellement abandonnés, car après le dernier cyclone dévastateur (Herta en 2004) beaucoup sont partis s'établir en Nouvelle Zélande. Mais ce dernier a permis, grâce à l'aide internationale, de reconstruire un aéroport, un hôpital, un bâtiment administratif et divers autres édifices. L'intérieur de l'île est recouverte d'une brousse assez dense et reste quasiment inhabitée, par conséquent propice pour se servir de papayes, de noix de cocos. Pour agrémenter le lunch de brousse, Frédy prend la machette et coupe un jeune cocotier pour une salade de cœur de palmier. De retour à Genève je ne prendrai pas de machette au jardin botanique, c'est promis!

03.08.11

Toujours dans l'archipel des îles Cook, Palmerston où nous faisons une courte mais intéressante escale. Courte parce qu'il n'y a pas de mouillage abrité, ceci est du à l'absence de passe, alors rouler à ne pas se tenir debout sans se tenir fermement ne nous encourage pas à rester. Je n'ose pas même imaginer ce que cela doit être sur un monocoque. Intéressante par sa population, en effet, James Cook a découvert l'atoll de Palmerston en 1774 qui était désert. C'est en 1862 qu'arrive le citoyen Britannique William Marsters accompagné de sa femme Polynésienne et des deux sœurs de cette dernière. C'est ainsi que les 65 habitants sont issus des trois familles qu'il fonda, qui sont aujourd'hui encore sur l'île, mais les jeunes doivent émigrer à Rarotonga, en Nouvelle Zélande ou en Australie pour trouver un mari ou une épouse, les risques de co-sanguinités étant trop importants. Aujourd'hui encore la société fondé par Masters est très Britannique et puritaine, l'anglais est la seule langue parlée, le polynésien est seulement chanté à l'église. Ils nous ont même avoué chanter en maori sans comprendre du tout le texte! Toute activité est proscrite le dimanche, même la baignade pour les enfants, et la baignade un jour de semaine se pratique habillée, même entre frères et sœurs afin de ne pas choquer. La seule activité économique qui reste après l'abandon du coprah (cours mondiaux trop bas), c'est la pêche dans le lagon, essentiellement des perroquets qui sont congelés et vendus dans les restaurants de Rarotonga. Malgré l'isolement de l'île, le passage du cargo se fait quatre fois pas année si le patron le veut bien, les gens vivent bien. Il y a quelques emplois gouvernementaux, un policier, un administratif, un employé de la voierie, un représentant de la marine, une infirmière et trois institutrices. La scolarisation est exemplaire, tout le cycle obligatoire ainsi que le bac se fait sur l'île et le niveau permet de rentrer à l'université d'Auckland. L'infirmière, actuellement la fille de Ton Neal, est en poste à Palmerston pour une année, son cabinet de consultation est très bien équipé et elle est en contact avec un médecin de la capitale. Malgré leur bonne organisation, l'isolement ne doit pas être facile et en plus mieux vaut être en bonne santé car aucune évacuation par avion n'est possible. Se faire ballotter sur les bouées mise en place pour les voiliers de passage, ne pas pouvoir utiliser son annexe car le passage sur le récif est dangereux, devoir partir pour plusieurs jours de mer quand cela devient dangereux, c'est le prix à payer pour accéder à ce petit paradis. Les gens sont d'une grande hospitalité, ils viennent nous prendre au bateau, nous invitent dans leur famille pour le repas et nous font visiter leur motu dont ils sont très fiers. A tout hasard je vous donne la position du mouillage, car les cartes sont évidement fausses: 18°02,884'S 163°11,61`3'W.

28.07.11

La passe de Maupiti était impressionnante, du courant, un double alignement et un possible mascaret. Mopelia était carrément stressant, fort courant, la passe très étroite et un décalage d'une centaine de mètres avec le GPS. Tout ceci n'est en fait qu'un entrainement fort utile pour la passe d'Aitutaki dans les îles Cook. La passe est artificielle et n'est pas creusée bien droite, le courant sortant peut être de 4 nœuds, elle est plus étroite encore que celle de Mopelia et son décalage GPS est de l'ordre de 300 mètres. En plus elle est profonde de seulement 1,6 mètres à marée basse, en prime elle n'a pas de balisage et nous conduit au mouillage d'Arutanga où il y a de la place pour 4 ou 5 bateaux mouillés sur deux ancres. Avant de mettre le cap sur cette île il est prudent de s'informer si il y a de la place car à l'extérieur le mouillage est intenable et dangereux, voilà pour les inconvénients. Mais une fois installé dans le seul mouillage de l'île, c'est le paradis, les autorités comme la population (2'000 habitants) sont d'une gentillesse rare et les prix correspondent à une réalité économique, rien à voir avec les prix artificiels de la Polynésie Française. Ici les produits sont néo zélandais, tout comme la monnaie, les lois, les accords économiques et les passeports. Aitutaki a été découverte en 1789 par le capitaine Bligh 17 jours avant la célèbre mutinerie du Bounty. Les îles Cook sont indépendantes depuis le 4 août 1965 mais ont gardé ces liens avec la Nouvelle Zélande. Les rares vol internationaux arrivent à la Capitale sur l'île de Rarotonga et de là Aitutaki est desservie tous les jours. Les habitants manifestent tous les dimanches contre le vol qui a lieu malgré leur volonté le jour du Seigneur, car ici le dimanche est sacré, aucun magasin, station service ou autre ouvert ce jour là. Une autre chose très agréable, fixée dans une loi du début du XXème siècle, les chiens sont interdits dans les îles Cook, enfin des promenades tranquilles sans se faire aboyer contre, pas de risque de se faire mordre et pas de slalom à faire entre les crottes. Le tourisme est l'unique ressource d'Aitutaki, il y a deux hôtels assez luxueux et les autres sont des belles pensions, des affaires familiales. La clientèle provient des pays voisins et d'Allemagne, cette île est connue pour la facilité avec laquelle on peut se marier, certains motus sont réservés pour cela. Des excursions en annexe dans le lagon, avec baignade et plongée ou encore une ballade en scooter sur les routes très peu fréquentées à travers les forêts et les cultures sont non seulement un dépaysement mais un plaisir tellement c'est beau.

20.07.11

16°49,000'S 153°55,000'W cent milles nautique à l'ouest de Maupiti, c'est la coordonnée de la dernière île de la Polynésie Française. Mopelia est un atoll habité par trois personnes, un couple Franky & Monique lui est tahitien, elle est française. Mais c'est surtout avec Hina que nous avons eu beaucoup de contact, elle est native de Maupiti et à l'âge de 37 ans elle est venue s'établir ici. Elle a surement, au fond d'elle même un drame ou un problème qui ne nous concerne pas, mais ce qui est important, elle a le cœur sous la main. L'activité de ces gens c'est le coprah, c'est aussi leur seul lien avec l'extérieur, car un bateau vient uniquement sur demande, appelé avec une BLU, quand il y a au minimum 300 sacs à prendre. Deux sacs de de cette chaire de noix de coco séchée représente une matinée de travail. Nous avons d'ailleurs aidé Hina à remplir quelques sacs afin qu'elle puisse nous accompagner le reste de la journée. Les autres bateaux ce sont soit des braconniers de tortues soit de rares bateaux de plaisances qui peuvent apporter quelques denrées fraîches, du courrier et des journaux. De temps à autre, un navire de la marine Française passe par ici pour les braconniers et rappeler à tout le monde que Mopelia c'est encore la France. Une fois franchi la très impressionnante passe d'accès au lagon, 25 mètres de large avec un fort courant contraire qui varie de 4 à 12 nœuds en fonction de l'état de la mer, on arrive dans un des plus beaux lagon. L'eau y est cristalline, la plage d'une blancheur à peine croyable et le mouillage abrité avec un fond de bonne tenue, le rêve. Nous y avons fait une escale de huit jours, des jours bien remplis, la pratique de la chasse sous marine demande beaucoup de rapidité, car plus d'une fois un poisson est volé et dévoré au bout de la flèche par des requins. La chasse au Kaveu (crabe de cocotier), comme je l'ai déjà expliqué, nous occupe pour la soirée. La pêche au varo, c'est un crustacé qui vit enfoui dans le sable et son goût est encore meilleur que la langouste. Hina nous a enseigné la technique de pêche, une paire de palmes, un masque, un tuba et une "turlute", c'est un hameçon circulaire comme pour les poulpes, avec çà aller sur un banc de sable et chercher à une profondeur d'environ deux mètres. Le reste n'est qu'une affaire de technique et de coup de main, chercher le trou faire descendre la "turlute" et remonter le varo. La première fois il faut mettre une combinaison car ce sont des heures que j'ai passé dans l'eau pour un piètre résultat. Puis une plongée à l'extérieur la passe s'impose, car c'est là que gît l'épave du "See Adler" un bateau Allemand de la première guerre mondiale, commandé par Luckner, c'est une histoire et un personnage intéressant, allez voir sur internet cela en vaut la peine. Nous étions plusieurs bateau au mouillage, dont un Lagoon 500 équipé d'un cabinet dentaire. En effet, son propriétaire est un dentiste qui rend service à la population dans les îles qui sont dépourvues de ce service. Hina s'est fait soigner une carie et moi j'ai une infection sur une près molaire qui nécessite un traitement de racine. Alors pour la suite du voyage, nous avions prévu Suvarov, l'île de Tom Neal le Robinson des temps modernes, mais ce n'est pas nous qui avons décidé du changement de cap, mais ma dent malade, donc nous suivons le cabinet dentaire.

08.07.11

La dernière des îles sous le vent, Maupiti, nous a charmé par sa simplicité, son authenticité et sa propreté, c'est un retour à une société qui nous rappelle notre enfance dans les années 60 en Suisse. Les 1'200 habitants vivent principalement de la culture des melons et des pastèques qu'ils plantent dans les cocoteraies avec de la terre transportée sur les motus depuis l'île. Ils règlent leurs problèmes politiques comme nos conseils généraux dans les petites communes des campagnes Suisse. C'est, par exemple, à la suite d'un référendum qu'ils ont refusé un projet hôtelier dans leur lagon, ils ne veulent pas être envahis comme l'île voisine de Bora Bora. Leur éloignement ne les gênent pas et ils l'acceptent, car il découle en partie d'un choix qu'ils ont fait. Comme dans d'autres îles les enfants à partir de 12 ans vont à l'école, en internat, à Raiatea et les femmes enceintes comme les malades vont à l'hôpital à Tahiti. Il y a deux vols  et trois liaisons de ferry hebdomadaire, qui les ravitaillent en courrier, en nourriture et en visiteurs. Car Maupiti compte quelques pensions pour les touristes qui veulent vraiment découvrir ce petit paradis. Un voyage ici se mérite, car il y a des aléas, par exemple la passe qui est impraticable même pour le ferry et ceci 30 jours par année. En effet, vu l'étroitesse de la passe et son orientation, quand une forte houle du sud se lève un violent courant sortant crée un mascaret gigantesque qui empêche le passage de tous les bateaux. Autre exemple, propre à la Polynésie en général, et à Maupiti en particulier, il y a quelques mois le ferry, Le "Maupiti express" le seul qui assure la ligne est accidenté sur un récif, le pilote s'étant endormi. Pendant les quatre mois nécessaires à la réparation et surtout à l'attente des pièces envoyées de je ne sais ou en bateau, le service n'était simplement plus assuré. Les enfants n'ont plus vu leur parents car l'avion est trop cher pour eux et les deux magasins n'étaient plus très bien achalandés, c'est çà aussi le prix de la tranquillité. Nous avons fait la connaissance de Claude et Georges, un charmant couple de Français qui vit ici depuis 12 ans, parfaitement heureux de ce choix pour une retraite tranquille, avec des prix "normaux" loin de la folie de Bora Bora.

29.06.11

Notre passage est fait auprès de l'administration, avec notre autorisation de sortie nous passons chez Kim Fa, un chinois évidemment, une entreprise de distribution de boissons,  qui nous livre notre commande de vin totalement hors taxes. Puis avec nos documents et notre plein de vivres, de vin, de bières et de diesel nous mettons le cap à l'ouest. Raiatea est incontournable car nous y avons des amis à qui nous tenons à dire au revoir, puis Bora Bora qui est un excellent endroit pour attendre la bonne météo. De plus nous assistons à la soirée d'ouverture du "Heiva" les fêtes de juillet. C'est un spectacle de danses traditionnelles splendide d'un très bon niveau, l'amateurisme est absent et l'encadrement est professionnel, tourisme oblige! Bora Bora est pour nous, c'est un hasard, le point de rencontre de tours du mondistes différents, souvenez-vous du bateau solaire lors de notre précédente escale. Cette fois-ci nous rencontrons une Hollandaise de 15 ans qui veut boucler son tour du monde avant ses 16 ans et ainsi passer dans le livre de record comme la plus jeune circumnavigatrice, nous vous laissons aller sur son site: www.lauradekker.nl pour vous faire votre propre opinon sur ce genre d'exploit. Que nous reste-il de la Polynésie française? Un goût de paradis, une douceur de vivre extraordinaire, une population d'une gentillesse inimaginable et bien sur des paysages somptueux. Cependant il y a deux choses qui nous ont déplus, la première est une spécialité culinaire, le poisson "Fafaru". C'est du poisson cru arrosé d'un jus obtenu en faisant macérer des têtes de crevettes et des morceaux de poisson dans de l'eau de mer. Ce plat a une odeur épouvantable mais un Océanien doit avoir le même dégoût devant un camembert fait à cœur ou un Munster bien vieux, le goût est culturel. La seconde déception est la politique locale, qui est faite de magouilles, de  corruption, de combines avec une absence de responsabilité comme nous n'en avons jamais vu ailleurs. Gaston Flosse et Jacques Chirac sont des amis, ils traînent les mêmes casseroles, emplois fictifs et combines diverses, leurs avocats ont les mêmes arguments devant les tribunaux. Le tout au détriment d'une population qui ne mérite pas cela et qui est attachée à la France malgré ce que certains indépendantistes comme Oscar Temaru veulent nous faire croire. En "Flossynésie" comme titrent certains de leur journaux, je trouve que la politique et le poisson "Fafaru" ont la même odeur et le même goût de pourri! Maintenant nous remettons le cap à l'ouest, car il reste deux îles de la Polynésie Française à visiter, nous les découvrirons peut-être, si la météo nous le permet. Nous écrirons bien évidement un petit texte dans notre journal, mais nul ne sait quand, car internet va devenir rare et difficile.

10.06.11

Nous avons eu la joie d'avoir la visite de Philippe et Diana, le frère et la belle sœur de Chantal. C'est avec plaisir que nous leur avons fait découvrir, un peu de navigation, un zeste de culture Polynésienne, les deux premiers mètres sous la surface du Pacifique et le relief de Moorea. Ce fut pour eux une première, des impressions inoubliables, nager avec les raies et les requins ou admirer la végétation locale. Puis l'hiver est là, nous avons eu notre premier coup de mara'amu avec la forte houle du sud qui l'accompagne. C'est pour nous l'occasion d'aller quelques jours au port de Papeete, au centre ville, profiter de la proximité des commerces et du marché, de subir le bruit et la poussière qui vont de paire avec les avantages. Papeete est une petite ville se résumant à deux rues commerçantes donnant sur le marché, lieu incontournable de la vie locale. A chaque coin de rue des groupes de personnes d'un certain âge jouent du ukulele et chantent à tue tête leurs chants locaux qui sont écoutés avec intérêts et respect par les tahitiens. Puis, retour au mouillage de la marina Taina pour les dernières préparations avant le prochain départ. Dans un long voyage il y a des points de passage quasi obligés, Tahiti et sa marina Taina en est un. Les raisons sont souvent, comme ici, multiples, formalités, changement d'équipage, facilités d'approvisionnement, compétences diverses pour les réparations ou encore hôpital moderne et performant. Tous les bateaux ne cherchent pas la même chose, à l'exemple de ces cas totalement à l'opposé. Un méga yacht voilier, d'un déplacement de 450 tonnes, un mât de 60 mètres de haut (c'est le maximum pour le pont des Amériques à Panama) avec un équipage permanent d'une dizaines de personnes dont un ingénieur, oui, car eux ont aussi des pannes! Ce genre de voilier traverse les océans à une vitesse moyenne de 12 nœuds avec tout le confort d'une maison de luxe. Pour le passage des passes et pour l'entretien il ont un ascenseur de mât électrique qui peut monter deux personnes à 30 mètres. Ces bateaux se mettent à la marina car c'est moins cher que le fonctionnement au mouillage, pas de générateur et de dessal qui tournent, pas d'annexe qui fait des navettes et pas de veille la nuit, oui même au mouillage. A l'opposé, il y a les disciples de Moitessier, arrivés sur des bateaux fait maison en grosses tôles d'acier, qui ne ressemblent à rien. Car un croisement entre un coffre fort et un char d'assaut qui en plus "pisse la rouille" à cause d'une mauvaise réalisation donne un résultat spécialement vilain avec en prime des capacités nautiques douteuses. Ces gens, souvent des Français, cherchent l'école pour les enfants, ou l'hôpital pour un accouchement payé par la sécurité sociale et bien sur un mouillage gratuit. Puis, entre ces deux extrêmes il y a une majorité de bateau à taille humaine, fabriqués par des chantiers compétents et menés par des retraités heureux et nombreux, c'est la génération "Baby boom", avec des revenus qui permettent ce genre de voyage. Mais en fin de compte, l'important c'est le voyage, c'est faire la connaissance des populations locales et des autres navigateurs. Entreprendre, découvrir poser des questions pour ne pas devenir soi-même un élément du paysage, ou pire une tache dans le paysage local.

 
16.05.11

Tahiti, marina de Taina c'est l'escale pour profiter de la vie d'une ville, Papeete la capitale. Nous divertir avec une sortie au théâtre et un spectacle de danse Tahitienne par le ballet de Tahiti, une troupe semi-professionnelle. L'autre raison de cette escale est bien sur attendre des pièces! Pour les dépannages et les réparations qui nous restent. Car nous sommes de nouveau victime d'une panne d'alternateurs, mais cette fois-ci après une année et demi de recherche la cause et enfin trouvée, des fiches avec des fils cassés à l'intérieur qui provoquent un fonctionnement aléatoire. Alors nous attendons de nouveau des pièces! Attendre, d'accord, nous n'avons que le choix du lieu, Moorea nous paraît une bonne destination. Cette île se trouve à 10 milles de Tahiti et offre de magnifique mouillages, de l'eau propre et des paysages splendides, un de ses pics figure même sur la pièce de 100 francs Pacifique. Avec nos amis Michel et Véronique à bord d'Ivresse, que nous avons connu à Cuba, et retrouvé avec grand plaisir, nous sommes mouillés dans la Baie d'Opunohu. C'est l'occasion de sortir à la soirée de l'élection de miss Moorea 2011 ou les six plus belles filles de l'île concouraient et défilaient dans différentes tenues, en robe végétale, en tenue de ville et en maillot de bain. La robe végétale devait non seulement sublimer la beauté des miss mais devait également promouvoir la spécialité locale, l'ananas et être confectionnée entièrement avec cette dernière, de là le mot tenue végétale. Pour préparer une telle tenue, 2 couturiers y travailleront pendant toute une journée avec la jeune fille à côté. Ce fut une super soirée avec une ambiance bon enfant, joviale, simple et chaleureuse, à l'image des iliens et de leur joie de vivre. Une journée en voiture de location pour un tour de l'île et une virée dans les plantations d'ananas. Une excursion en annexe dans le lagon nord avec un peu de masque tuba au milieu des raies et des requins. C'est assez impressionnant de pouvoir toucher ces raies qui viennent presque se frotter contre nous. Puis le dimanche à midi un four Tahitien avec toutes les spécialités de la région, uru (fruit de l'arbre à pain), patate douce, poisson au curry, poisson cru au coco, poulet fafa, cochon de lait et pour le dessert le poe poe (bananes et farine de manioc), sans oublier le cake à la banane et noix de coco, en un mot, un régal. Pour le sport, une randonnée à travers la forêt tropicale colorée avec sa grande variété de plantes pour beaucoup connues comme plantes d'appartements par les citadins européens. Nous ne vous donnons pas leurs noms car la botanique et le latin ne sont pas notre spécialité.

25.04.11

Les fêtes de fin d'année à la montagne en France, dans la neige en famille. Un saut aux Pays-Bas, une escapade à Rome, une petite virée en Espagne, une visite à Porto, un anniversaire en Suisse alémanique et un week-end en haute Bavière. Nous avons profité au max de nos 4 mois sans Micromégas et avons eu le temps de revoir chacun avec plaisir et bonheur. Une petite pause à Genève le temps de donner une conférence, qui a eu beaucoup de succès et puis départ pour un long vol à destination de Los Angeles. Une rapide visite de la cité des anges et c'est reparti pour un autre long vol à destination de Papeete. Arrivés au chantier nous retrouvons notre Micromégas, mais ce n'est pas encore le temps de lever le pied. Le réarmement du bateau nous occupe pendant dix jours à mi-temps (12 heures de travail et 12 heures de sommeil)! Puis arrivent Alexandre et Caroline pour dix jours de croisière avec nous, enfin un peu de repos du côté de Tahaa et de Bora Bora et d'excellents moments partagés les 4. C'est aussi le temps de terminer la mise en marche de tous les équipements, avec quelques surprises, le générateur ne produit plus d'électricité, le dessalinisateur refuse de faire de l'eau, la pompe de cale tribord est morte et ne pompe plus rien. Une fois de plus, nous constatons que nous avons un vrai bateau. A Bora Bora nous avons croisé le bateau solaire Suisse qui fait un tour du monde et avons eu la chance de faire une petite visite éclaire à son bord. A peine nos visites parties, qu'une bonne fenêtre météo se présente pour partir sur Moorea où nous jetons notre ancre après avoir été secoué dans tous les sens à cause de la houle et des vagues pendant presque 24h. Nous allons maintenant profiter de cette île que nous ne connaissons par encore, nous y avons retrouvé avec joie nos amis Pascal et Agnès. Que souhaitons nous maintenant? Lever le pied, prendre notre temps, reprendre le rythme de vie des îles et arrêter de courir après le temps et oublier un peu la cadence Européenne.

02.12.10

Novembre, la température devient estivale, le sens de la houle s’est inversé, elle vient du nord, l’alizé s’est essoufflé et les grains avec de la pluie sont de plus en plus fréquents. Mais c’est aussi le temps de la célèbre "course de va’a", le Hawaiki nui, l’ancien nom de Raiatea était Hawaiki, l’île sacrée. Course qui part de Huahine, passe par Raiatea, Tahaa et fini à Bora Bora, c’est le « bol d’or » des îles de la Société. Le va’a c’est une pirogue à balancier, pour cette course c’est la catégorie V6 avec six pagayeurs qui court, mais chaque année il y a un championnat du Pacifique, qui se déroule au mois de juillet où toutes les catégories sont représentées, c’est le sport national de la Polynésie et du Pacifique en général. Pour nous, ce mois de novembre c’est la fin de la saison, le bateau est mis au sec au chantier des îles à Raiatea, c’est aussi le temps de jeter un petit coup d’œil sur le chemin parcouru. Le 3 novembre 2009 nous quittions Norfolk en Virginie, début janvier nous partions des USA, février et mars fut le temps de notre croisière Cubaine, avril les San Blas, mai le passage du canal de Panama et la visite des Galápagos, juin marque notre arrivée aux Marquises, août et septembre les Tuamotu et enfin les îles de la Société. Cela représente, au-delà des 6'158 milles parcourus uniquement dans le Pacifique, une masse de souvenirs, d’images, d’émotions, de rencontres et de découvertes exceptionnelles que nous avons essayé de vous faire partager. Nous prenons la mesure du trajet parcouru, 12 heures de décalage pour téléphoner en Europe, 27 heures d’avion pour rejoindre notre escale Suisse, les saisons inversées car nous sommes dans l’hémisphère austral. Si nous ne sommes pas au bout du monde, pas tout à fait, cela y ressemble beaucoup. Alors pause estivale pour nous ou pause hivernale pour vous, peu importe, nous vous avertirons dès la reprise de notre voyage, alors ne passer pas notre mail aux spam, à bientôt.

PS : nous faisons, dans le cadre d’une soirée CCS,  une conférence sur la Polynésie Française, elle aura lieu le 22 mars 2011 et tout le monde est le bienvenu, les non membres aussi, nous comptons sur vous tous.

JOYEUX NOEL ET EXCELLENTE ANNEE 2011

03.11.10

Bora Bora, la perle des mers du sud, le paradis, l’équilibre parfait entre montagne, lagon et motu, la destination de rêve, sont les quelques superlatifs fréquemment utilisés pour sa description. Au-delà de cela, il y a une histoire, une évolution et une réalité actuelle. Le premier européen à débarquer fut le capitaine Cook en 1769. Puis une base de ravitaillement américaine fut installée de 1942 à 1946, avec 4'660 hommes et 20'000 tonnes de matériel dont les 8 canons encore visibles. C'est à cette époque que fut construit l’aéroport, le premier de Polynésie et la route qui fait le tour de l’île. Les années d’après guerre marquèrent le début du tourisme et l’arrivée de nombreuses équipes de cinéma, qui rendirent Bora Bora célèbre. Puis suivent les années d’expansion touristique, avec la construction rapide d’hôtels fort luxueux dans tout le lagon, ils sont une vingtaine dont certains fermés à l’état de ruine, ici aussi la crise financière a frappé. Ce qui est certain, c’est qu’il y a trop d’infrastructure touristique pour la sauvegarde du lagon et du paysage. Une usine de dessalement de l’eau, une autre pour l’électricité, ajouté à cela le problème des ordures, de la circulation dans le lagon avec les navettes des hôtels, de l’aéroport, des bateaux d’excursion, de plongée, de location et les inévitables plaies modernes que sont les jets ski. Toutes ces nuisances ont déjà fortement pollué le lagon, pollution visible avec les plastiques et divers autres déchets, mais surtout la pollution chimique qui est moins visible, mais qui a déjà eu raison de la faune sous marine, le corail est mort, les requins ont disparu ainsi que les gros poissons, on appelle cela le progrès. Entre 1970 et aujourd’hui la population a passé de 2'500 à 8'900 habitants, qui sont bien obligés de construire des maisons pour se loger et d’acheter des gros 4 X 4 pour montrer leur réussite. Les nombreuses célébrités, comme Alain Gerbault ou Paul Emile Victor, pour ne citer qu’eux, qui ont été séduit par la beauté unique des paysages seraient à coup sur peiné de voir l’île dans l’état actuel, paradoxalement la guerre a fait moins de dégât que le tourisme. Mais ne soyons pas trop négatif, nous n’avons pas connu le passé,  Bora Bora nous en met plein les yeux, c’est splendide, grandiose et unique.

25.10.10

Tahiti, un nom mythique, qui désigne le rêve des mers du sud, les belles vahinés qui dansent sur des plages de sable blanc bordé de cocotiers. Sortons de ces clichés, en réalité Tahiti n’est qu’une île de l’Archipel de la Société, la plus grande, celle où se trouve la capitale, Papeete. Ville de 26'000 habitants avec des voitures qui forment des embouteillages quotidiens. C’est aussi le siège du gouvernement avec ses 6'000 fonctionnaires, c'est le port de commerce où toutes les marchandises pour la Polynésie Française arrivent, Faaa est l’aéroport intercontinental du Pacifique sud, en un mot c’est la moins belle île et la plus peuplée. La population est très mélangée, Européens, Chinois et Polynésiens, leur mode de vie est urbain et la pauvreté est bien présente dans les rues de la capitale. Nous nous rendons compte des difficultés politiques que la Polynésie traverse, avec des dirigeants combinards qui vivent uniquement des subsides payés par la France. Il n’y a pas de parti avec un programme et des idées d’avenir, mais seulement des personnes qui gèrent au coup par coup. En ce qui nous concerne l’escale est agréable, en dehors de la ville, bien protégés, amarrés sur une bouée de la Marina Taina . Cela nous laisse le temps pour la chasse aux pièces et la visite de l’île, grâce à la gentillesse de notre amie Brigitte qui habite à Papeete. Elle est notre guide et nous conduit tout autour de l'île. Grâce à sa disponibilité sans limite, nous pouvons en voir un maximum. Nous recevons la visite de Félix, frère du skipper pour une petite croisière de 15 jours dans les îles sous le vent. Nous faisons une escale sur Moorea, plus précisément sur la côte nord, à la baie de Cook.  Cette île avant de devenir un dortoir pour de nombreux Tahitiens, ou encore un lieu touristique, est aussi une île agricole. Des plantations de fruits et d’ananas alimentent le marché de Papeete et surtout l’usine de jus de fruits « Rotui ». L’archipel de la société n’est pas le paradis de la voile, car orienté du sud-est au nord-ouest on se retrouve soit plein vent arrière ou face au vent à louvoyer. Mais les mouillages sont tellement beaux et la population agréable que l’on oublie cet inconvénient majeur.

30.09.10

A notre arrivée dans l’Archipel de la Société nous sommes accueillis par un coup de maramu, c’est un vent du sud avec de la pluie et du mauvais temps. Mais l’autre accueil, celui des membres du CCS nous apporte du soleil dans cette grisaille, revoir des amis et des copains venus jusqu'à Raiatea pour naviguer. Alors pendant cette semaine de pluie et avec la bonne connexion internet de la marina nous profitons de mettre à jour nos affaires et de réserver notre vol retour, pour l’escale annuelle en Suisse. Puis nous nous prenons une semaine de vacances, que font des navigateurs pendant les vacances ? Eh bien ils partent avec le CCS sur un Orana 44 de location ! C’est sur ce catamaran que Daniel est skipper, accompagné de son épouse Eliane et d’un charmant couple de Genève Jean et Christiane. Nous avons passé une super semaine en leur compagnie à la découverte des îles de Raiatea et Tahaa. Nous réjouissons d’ors et déjà de les retrouver cet hiver en Suisse. Puis, avec notre fidèle Micromégas, qui nous a sagement attendus solidement attaché à une bouée d'une marina, nous louvoyons en direction de Huahine, 20 milles au vent, nous vérifions une fois de plus le bien fondé de cet adage « au louvoyage c’est, deux fois la distance, trois fois le temps et quatre fois la peine ». Huahine vaut vraiment cet effort, c’est une île agricole, peu peuplée qui n’est pas trop touristique, avec un magnifique lagon et des mouillages superbes. Endroit idéal pour attendre des conditions de vent favorables pour mettre le cap sur Tahiti.

 
14.09.10

Avec celui de Mururoa mais pour d’autres raisons, l’atoll de Rangiroa est le plus connu de l’archipel des Tuamotu. C’est le plus grand, le plus peuplé et il est proche de Tahiti, moins d’une heure en avion. Il a été découvert en 1616 soit 50 ans avant Tahiti. Le lagon de Rangiroa a une longueur de 45 milles pour une largeur de 18 milles, plus grand que le lac Léman c’est une véritable petite mer intérieure où les vagues peuvent atteindre 1,5 mètre. Malheureusement les bons mouillages sont rares ou inexistants par vent du sud. Nous nous sommes mouillés entre les villages d’Avatoru et de Tiputa le seul endroit tranquille et près de la passe la plongée est superbe, les dauphins font des sauts spectaculaires dans le mascaret de la passe. Puis notre route continue en direction de l’archipel de la Société où se situe l’île de Tahiti, une traversée de 250 milles environ. Nous réalisons que vous devez avoir de la peine à suivre notre périple, à imaginer les distances qu’il y a, alors permettez nous de récapituler. La Polynésie Française ce sont : cinq archipels, les Marquises, les Tuamotu, la Société, les Gambier et les Australes. La surface des terres émergées représente la moitié de la surface de la Corse sur une surface océanique grande comme l’Europe. Si Tahiti était à la place de Paris, les Marquises seraient vers Stockholm, les Gambier au bord de la mer noire, les australes en Espagne et les Tuamotu entre Copenhague et Prague. Voilà qui devrait vous donner une idée plus précise de l’échelle de ces îles.

09.09.10

Toau et Apataki sont sur notre route avec dans chacune leur lot de découvertes et d’aventures. A Toau plus précisément à l’anse Amyot, les cinq habitants sont contents de voir arriver des bateaux de plaisance, il y en a environ 120 par année. C’est la possibilité pour Gaston et Valentine d’organiser des repas et de gagner leur vie avec une autre activité que le coprah. Il y a aussi le vieux Philippe qui nous à organisé une chasse au kaveu, appelé communément crabe de cocotier. C’est un gros bernard-l’hermite sans coquille qui vit dans les fourrés ou parfois sur les branches basses des arbres. Il est appâté avec une demi-noix de coco suspendue à une branche à 50 centimètres du sol. Le soir venu Philippe prend sa lampe « Coleman » et va faire le tour des appâts pausés l’après-midi suivi comme son ombre par Pascal et moi. La technique est simple, il faut être très rapide pour l’attraper à la main et surtout d’éviter sa puissante pince capable d’ouvrir une noix de coco ou de vous couper un doigt. Après avoir parcouru plusieurs kilomètres dans la brousse la soirée s’est terminée par la capture d’un seul crabe d’un bleu magnifique, hé oui ici aussi c'est la sur-exploitation d’une richesse naturelle. A l’arrivée dans le lagon d’Apataki nous allons directement vers la ferme perlière d’Assam qui travaille avec son fils Alfred et son petit fils Toni. Des gens qui nous accueillent d’une manière fantastique, c’est avec eux que le skipper à fête son anniversaire, Chantal à préparé et organisé tout cela d’une main de maître. Pascal et Agnès de « Post Scriptum » et Jean-Marc et Odile de « Lifou » étaient de la fête, une fondue bien évidement. C’était une découverte pour les Polynésiens qui n’ont pour la plupart jamais goûté ce met. Un autre soir, Alfred nous tend une carabine à air comprimé et nous dit : "ce soir on mange du crabe, il m’en faut une trentaine débrouillez-vous". Alors toujours avec mon fidèle ami Pascal on se met en piste, les débuts furent laborieux car il faut d’abord les trouver, puis tirer juste avec une arme qu’on ne connaît pas. A la tombée de la nuit nous avions rempli notre contrat, nos trente crabes étaient dans le sac, à la surprise d’Alfred qui en doutait un peu. C’est lui qui nous les a préparés à l’aigre doux, un délice. Pendant la soirée il nous a expliqué les traditions et l’histoire récente de la vie Polynésienne, mais aussi les défis que la génération de son fils Toni va devoir relever. En effet, il développe un chantier naval « carénage service », le premier sur les Tuamotu, pour que son fils Toni puisse travailler sur Apataki, il prend son travail à cœur et le fait avec sérieux, allez voir sur le site www.apatakicarenage.com je ne peux que le recommander. Un autre jour, il nous embarque pour la chasse sous-marine, chacun prend son matériel, masque, palmes, ceinture de plomb et fusil sous-marin. Arriver sur le site nous plongeons, nous les européens constatons rapidement que face aux polynésiens nous ne sommes pas dans notre élément. En effet, quand nous sommes à 15 mètres de profondeur nous constatons que Toni descend facilement à 30 mètres et ramène du premier coup un beau mérou de 80 centimètres, alors que nous nous devons nous contenter de petits poissons de 20 centimètres. Griller sur le feu ils seront excellents nos petits poissons et nous sommes fiers de les avoir pris nous-mêmes. Les carcasses restantes seront données au requin dormeur apprivoisé par la maman. Ce requin vient tous les jours voir s’il y a quelques choses pour lui et il se laisse caresser comme un chien. Un autre projet est mis en place pour l’anniversaire de Pascal, cuire un cochon dans le four polynésien. Un matin nous partons pour une navigation de 15 milles dans le lagon, débarquer sur un motu de la côte nord pour acheter l’animal. De retour boucherie est faite et les morceaux découpés mis dans le frigo. Le lendemain matin, c’est la préparation du four, creuser un trou de 80 centimètres de profondeur, couper du bois pour le remplir, allumer le feu et couvrir avec des pierres. Après 3 à 4 heures d’attente les pierres sont chauffées à blanc, c’est à ce moment que l’on place les aliments sur les pierres, le cochon bien sur et les pains de cocos que la grand-mère a préparé avec Chantal, le tout est recouvert de feuilles, de sac de jute mouillé et de sable. Reste plus qu’à attendre 4 heures, passer à table et déguster, un  régal. La soirée s’est prolongée au son d’un ukulélé (petites guitare polynésienne) qui mettait un tempo local sur des vielles chansons Française ou Américaines.

20.08.10

Changement d’archipel, trois jours de mer et nous sommes dans un autre monde, fini les hommes tatoués, les montagnes abruptes, les vallées isolées et les mouillages rouleurs des Marquises. L’archipel des Tuamotu c’est un monde d’atolls au ras de la mer, avec des lagons aux nuances de bleu, des motus couverts de cocotiers. Le plus souvent il y a une ou deux passes pour entrer dans le lagon et accéder à ce plan d’eau bien abrité de la mer. La faune sous-marine dans les passes est extraordinaire, jamais nous avons vu des coraux aussi beaux, multicolores et plein de vie. La méthode pour voir tout cela est simple, se laisser porter par le courant entrant, l’eau y est claire, aller de préférence juste avant l’étale pour qu’il ne soit pas trop fort. Puis se laisser émerveiller, des pagres et des caranges par bancs entiers, tous les petits poissons de corail, les mérous et les napoléons de taille respectable, des raies léopards et bien sur les requins pointes noires, c’est simplement féerique. Ce qui ne change pas ici c’est l’hospitalité et la gentillesse des habitants, toujours contents de nous offrir une noix de coco et de parler avec nous. L’exploitation des cocoteraies est l’un des revenu de ces îles, en effet, le gouvernement achète le coprah 140 francs pacifique le kg alors que le cours mondial est à 40 (100 francs pacifique = 1,20 francs suisse). C’est une forme d’aide, comme pour nos paysans de montagne, cela permet aux gens de rester chez eux et évite l’exode rural. La Polynésie Française est un TOM (Territoire d’Outre Mer), donc elle a une autonomie politique au sein de la république, la France assure: la diplomatie, la défense, la police et la justice, l’éducation et la santé. Il n’y a pas d’impôts sur le revenu seulement des taxes à la consommation. L’autre activité aux Tuamotu est la culture de la fameuse perle noire, dans chaque lagon des fermes se sont installées. Aujourd’hui seuls les producteurs qui font de la qualité ont survécu à la crise. Car on ne devient pas automatiquement milliardaire (en francs pacifique) en faisant n’importe quoi comme qualité, beaucoup l’on trop longtemps cru. Les deux producteurs qui ont résisté à la crise à Rotoava sur l’atoll de Fakarava sont l’Allemand Gunther et le Suisse Lucien. La ferme perlière de Lucien compte une dizaine d’employés dont deux chinoises qui greffent, ils s’occupent de 400'000 nacre, chacune est achetée au prix d’un euro. La première greffe est la plus délicate, il faut faire une incision dans la poche puis introduire un greffon et un nucleus. La nacre est placée dans le lagon, attachée à des filets à une profondeur d’une dizaine de mètres. Périodiquement elles sont sorties de l’eau et lavées, puis 18 mois plus tard c’est la récolte. La perle est sortie délicatement, sans tuer la nacre, et un autre nucleus est introduit et retour de la nacre dans le lagon pour un nouveau séjour de 18 mois. Si la perle n’est pas belle, la nacre est ouverte, son muscle part pour la restauration et la coquille est expédiée en chine pour la fabrication de boutons de chemises. Les perles sont nettoyées et classées par tailles, formes, lustre et couleur, le prix s’échelonne de 7 à 800 euros la pièce, puis c’est au bijoutier de mettre cette merveille de la nature en valeur. Dans la ferme de Lucien, sur 100 greffes, 80 donnent une perle dont 60 sont parfaitement rondes. Nous avons reçu une bonne nouvelle, notre droit de séjour est prolongé. En effet les Européens ont le droit de rester aussi longtemps qu’ils le désirent, mais les Suisses, « Der Sonder Fall » c’est trois mois maximum. Nous avons déposé une demande dument motivée avec toutes les pièces demandées et cela a été accepté. Quitter ces îles paradisiaques si rapidement nous aurait frustrés.

 

16.08.10

Voici le texte écris par Michèle et Mammad, il reflète l'enthousiasme et de l'émerveillement qu'ils ont ressenti  lors des deux semaines passées avec nous aux Marquises:

Retrouver Chantal et Frédy à l’autre bout du monde, en Polynésie française, fut un immense bonheur. Nous aimerions dire, à tous leurs amis, que nos deux marins sont en pleine forme. Rentiers bronzés, heureux et détendus, Frédy et Chantal sont dans une étape paradisiaque (voire aphrodisiaque !) de leur tour du monde. Car, les Marquises, avec leur végétation luxuriante, leurs odeurs, leurs montagnes avec des pics à nous faire tourner la tête, sont des îles qui invitent à la bonne humeur. De plus, Chantal, bon pied, bon œil, est devenue un marin aguerri que l’on ne doit plus appeler « le mousse », mais bien « le Second » voire « le Capitaine » (même si Frédy résiste pour ne pas être détrôné !). A la barre dans les manœuvres, Chantal maîtrise Micromégas d’une main de Maître.

Bref, cela fut un plaisir de vivre à bord de Micromégas, pendant deux bonnes semaines. Un plaisir mariné dans la navigation, les excursions dans des vallées qui recèlent des sites archéologiques passionnants et les plongées dans des fonds marins fabuleux. Il suffit de prendre un masque et un tuba (à la portée de tous, enfin presque sauf pour Mammad !!!) pour découvrir des récifs coralliens avec des poissons de formes et couleurs infinies. On peut aussi (Frédy l’a expérimenté) nager au milieu des raies Manta, de tortues et de requins (inoffensifs, sauf erreur !).

Mais, comme tout plaisir, il peut être fragile. Rien ne laissait présager, le jour de notre arrivée, que notre croisière serait aussi enchanteresse. Car les pépins, ce jour-là, furent nombreux et éprouvants pour les nerfs de Frédy qui jurait comme un charretier. Il faut dire que le pauvre Micromégas n’avait déjà plus qu’un moteur lorsque ses deux alternateurs sont tombés en panne.  Topo, on imaginait déjà Micromégas en rade, bloqué, sans instrument ni “désalinisateur” ! Heureusement que les amis de Genève avaient dans leurs valises une hélice de rechange, et que la solidarité entre marins joue encore dans le Pacifique. Résultat, grâce à l’aide d’un Pascal, tout fut réparé le lendemain. Car, les Marquises, c’est aussi pour beaucoup de navigateurs, le lieu des retrouvailles. Frédy et Chantal retrouvèrent ainsi Pascal et Agnès avec leur catamaran artistiquement décoré, et qui font leur deuxième tour du monde. Puis, ils retrouvèrent Muriel, Hervé et leurs charmants enfants : Robin (12 ans) et Julie (10 ans) qui entament leur troisième et dernière année en mer avant de retourner à… Genève. Une famille genevoise bigrement sympathique, qui vit une aventure superbe, et que vous pouvez suivre, si le cœur vous en dit, sur leur site : www.favrenmer.ch Comble d’ironie, figurez-vous que la marraine de Robin et meilleure amie de Muriel est la voisine de pallier de Mammad ! Deux voisins qui ne se connaissent guère, et qui pourront faire connaissance grâce à des navigateurs qui se trouvent à l’autre bout du monde. Amusant, non ?

Ces retrouvailles entre marins nous ont offert des moments joyeux et même une fondue sur Micromégas que Chantal a organisée avec son sens du détail et de l’hospitalité : petites bougies helvétiques, drapeaux suisse cure-dents, serviettes de table rouges… Ce n’était pas le 1er août, mais l’ambiance était festive.

Durant ces deux semaines, les journées ont été bien variées : navigations, spectacles de danse (juillet est le mois des compétitions), rencontres avec les habitants, plongées et excursions dans des vallées à la recherche de cascades, pas toujours atteintes ! En effet, nous ne sommes jamais parvenus à la cascade de Vaipo, vantée dans un guide comme étant « la troisième plus haute cascade du monde qui se jette dans un site grandiose et exceptionnel ». Les soudaines pluies avec les risques d’éboulement de pierres nous ont forcés à renoncer tout proche du but. Mais, tant pis, car le pique-nique, assis les quatre sous un rocher, restera mémorable ainsi que le retour sur un sentier devenu si boueux, que nos chaussures s’embourbaient et furent lavées à grandes eaux lors de la traversée à gué de la rivière.

Les îles Marquises ont vraiment quelque chose d’unique. Non seulement les Marquisiens ont de merveilleuses légendes pour expliquer le monde et la naissance de leurs îles, mais leurs danses sont la quintessence de ce peuple qui a gardé avec la nature des liens très forts. Expressives et d’une gestuelle toute symbolique, ces danses, qui sont de véritables hymnes à la nature, racontent des histoires. Tout est question de récit ! Les Marquisiens sont de formidables conteurs. Ils aiment parler, car ce sont des gens qui prennent le temps, le temps de vivre. Pas de stress, pas d’embouteillage ! Les voitures dans ces îles sont presque inexistantes, même s’il y a quelques 4 X 4 sur les rares routes souvent de terre et impraticables par temps pluvieux. Les habitants se déplacent encore souvent à cheval, sans selle et pieds nus. Chacun se salue. Et, comme il n’y a presque pas de touristes, les gens sont accueillants. Le charme de ces îles est certainement lié à leur caractère original. Iles sauvages, loin de tout, elles sont demeurées à l’écart de tout contact pendant des siècles. Les premières tentatives d’approches furent infructueuses. Enfin peut-être pas pour les autochtones qui se régalaient d’aventuriers et des premiers missionnaires qui débarquaient là, en les dévorant crus ou mijotés. Les parties nobles (non, ce ne sont pas les bijoux de famille !) étaient les yeux et la cervelle, mets raffinés et réservés aux chefs guerriers. Cannibales redoutés jusqu’au XIXe siècle, les Polynésiens ont abandonné aujourd’hui tout sacrifice humain et sont devenus les êtres les plus hospitaliers du monde et d’une gentillesse hors du commun.

Ainsi, aller chercher des bananes chez l’habitant, peut prendre par exemple plus d’une heure. Cinq minutes pour couper le régime de bananes, le reste du temps sera consacré aux échanges et discussions, sur des terrasses ombragées tressées avec des feuilles de bananiers ou autres avec des vues uniques. Et, pour communiquer, comme les Marquisiens ont suivi les programmes scolaires français, ils parlent tous français. Pour nous, c’est une aubaine, car la langue marquisienne a des consonances impossibles à retenir. Les : Taiohae – Nuku Hiva – Hakaoui – Hatuatua – Hatiheu – Aakapa – Anaho – Uo Pou – Tai’ara’a – Ahima’a sont des sons mélodieux qui nous donnent envie de chanter « Tout va très bien mesdames les Marquises, tout va très bien tout va très bien », mais distinguer ces mots, c’est une autre affaire !

Bref nous remercions encore Chantal et Frédy de nous avoir permis de vivre de si belles aventures. Et Chantal, vous ne le croirez pas, nous offrait même dans les baies les plus reculées, presque sans civilisation (enfin faut pas rêver, tout le monde ou presque a quand même une antenne parabolique pour sa TV et son téléphone portable), de succulents cafés “Nespresso”.

 Oui ! Oui ! Exotisme et confort ! C’est pas des vacances, ça !

Mammad et Michèle

 

25.07.10

Une pièce commandée aux USA, envoyée par FedEx met dix jours pour nous parvenir, c’est le temps des Marquises ! Prendre du recul, admettre que nous sommes dans un monde dans lequel le temps n’a pas la même valeur qu'en Europe, apprendre qu'un bateau de plaisance ne fonctionne jamais entièrement, réparer en priorité les pannes qui mettent en jeu la sécurité, vivre avec les autres pannes qui ne doivent pas nous empêcher de jouir de moments fabuleux avec les Marquisiens ou avec d’autres voyageurs, ne pas se prendre la tête avec le confort, toute cette sophistication que nous embarquons pose plus de problème ici dans ces îles du bout du monde, s’asseoir, écouter un vieux Marquisien qui raconte une légende ou une anecdote de sa vie d’îlien, connaitre son avis sur le monde actuel et ses espérances pour le futur, c'est cela la vie ici. Il y a un intérêt nouveau dans ces îles pour l’histoire prés-européenne et les sites archéologiques d’Ua-Pou et de Nuku-Hiva en témoignent. Les vestiges des villages avec leur place de fête, les lieux rituels : mariages, tatouages, sacrifices humains et danses, ainsi que leurs dieux, les « tiki », sont restaurés et protégés. Sur certaines tables de sacrifice des gigantesques bagnants ont poussé et les os des sacrifiés remontent dans les racines volantes. C’est en 1797 que les premiers missionnaires arrivent aux Marquises et veulent évangéliser la population, mais beaucoup d’entres eux finirent comme les autres ennemis, dans le four Marquisien et furent consommés. C’est le fameux «cochon long» que les guerriers mangeaient, les morceaux de choix, les yeux à la coque ou gobés crus étaient réservés aux chefs et aux prêtres. Il fallut attendre 1842, pour que les Marquises deviennent Française et que cette situation change, puis ce sont les maladies importées qui on fait chuté la population de 60'000 habitants en 1842 à 2'094 en 1921. les Marquisiens étaient au bord de l’extinction. Avec nos amis Michèle et Mammad nous avons fait des belles randonnées, vers les incroyables pics d’Ua-Pou, de la baie d’Anaho à Hatiheu ou encore vers la cascade de Hakaui sur Nuku-Hiva. Admirer les fonds marins de la baie d’Anaho, nager avec des tortues, des requins et des raies Manta sont des privilèges rares dans le monde actuel. Nous avons également eu la joie de voir enfin nos amis Muriel et Hervé ainsi que leurs enfants à bord du catamaran « Kangaroo », cela faisait deux ans que l’on se suivait, que l’on se croisait, que l’on n’était jamais aux mêmes endroits en même temps. Quand des Suisses se rencontrent au milieu de Pacifique sud, que font-ils ? Vous avez deviné bien sur, ils mangent une fondue ! Le mois de juillet en Polynésie Française, c’est le mois des fêtes. Dans chaque village des baraques sont construites autour d’une piste de danse où se produisent des groupes issus des différentes vallées de l’île. Les soirs des week-ends, les groupes s’affrontent dans un concours avec différents thèmes, danse Tahitienne, danse Marquisienne, danse du cochon ou encore danse des oiseaux. Les costumes sont superbes le plus souvent réalisés avec des matériaux naturels, feuilles de palmier ou écorces diverses et bien entendu les couronnes de fleurs. Avant de quitter cet archipel, nous avons mangé une chèvre cuite pendant 7 heures dans le four Marquisien de Mai et Maria (atteignables à la VHF 71). Le four est un trou dans lequel est fait un feu, puis les braises sont couvertes avec des pierres de lave. Dès que les pierres sont chauffées à blanc, les aliments sont disposés dessus et le four est recouvert de feuilles de bananier et de sable. Ce charmant couple prépare régulièrement une chèvre ou un cochon pour une quinzaine de navigateurs de passage, cela aussi c’est une expérience unique et un point final inoubliable de notre croisière aux Marquises ces îles dont la nature verte et fleurie est un vrai enchantement, un jardin d'Eden.

 
27.06.10

Hiva-Oa, notre première île des Marquises, c’est aussi un lieu de passage obligé pour les formalités. La gendarmerie nationale s’en occupe, les uniformes sont Français mais les polynésiens qui les portent sont très "couleur locale", avec leurs tatouages et leur gentillesse. L’accueil et l’hospitalité sont des notions très importantes dans la culture polynésienne. Un des commandements du code de conduite polynésien qui date du cinquième siècle dit : « Ne regarde pas avec indifférence le voyageur qui passe devant ta porte. Tu dois l’inviter à entrer chez toi (…) » Cet état d’esprit, nous l’avons rencontré partout, les gens prennent le temps de nous parler, nous offrent des fruits ou nous invitent pour la chasse ou pour un repas. Quant on demande à un indigène couché s’il est fatigué il nous répond : "non tranquille, il ne faut pas attendre d’être fatigué pour se reposer !" Cela illustre bien cette tranquillité qui est présente sur ces îles du bout du monde, ces îles hors du temps avaient déjà séduit Paul Gauguin et Jacques Brel. A Hiva-Oa il vaut la peine de visiter le musée Gauguin, de nombreuses reproductions de toiles peintes aux Marquises peuvent y être admirées ainsi que sa maison. L’espace Brel, avec quelques unes de ses affiches exposées autour de son avion « Jojo » est également un musée intéressant. Fatu-Hiva, la plus méridionale des îles Marquises, avec sa superbe Baie des Vierges, vit encore plus que les autres hors du temps. Elle n’a pas d’aérodrome et le cargo de Tahiti passe toutes les trois semaines. Le passage de ce cargo est un événement important pour tous les habitants de toutes les îles Marquises. Tout arrive par ce bateau, matériaux de constructions, pièce de rechanges et nourriture. Quant il y a un quai le navire accoste et tous les habitants sont là avec leur pickup Toyota pour réceptionner leur commande, c’est la fête, la vie s’arrête. Le scénario est le même à Ua-Pou et à Nuku-Hiva. Ces îles sont pas sur peuplées ni envahies par le tourisme, il n’y a que les bateaux de plaisances et les passagers payant du cargo qui visitent ces îles. Les plus grandes ont une population de 2'000 habitants et les villages rarement plus de 180 à 200 habitants. Les routes sont inexistantes, il n’y a que des pistes très escarpées pour aller dans certains villages, d’autres sont accessibles seulement à pied, à cheval ou en bateau. Le mode de vie Marquisien est pour nous une découverte extraordinaire, c’est comme cela que certaines vallées des Alpes Suisse devaient être dans la première moitié du XXème siècle. A Nuku-Hiva Didier a pris l’avion pour Papeete ou il va embarquer pour un vol retour sur l’Europe. Merci à toi Didier, pour ton aide, c’était un plaisir de naviguer avec un bon équipier, grand ami de notre famille.

 
10.06.10

Un char de grenadier qui roule à vive allure sur une piste défoncée avec des obus qui explosent sur le blindage, c'est le bruit que l'on subit sur un catamaran, au large avec 30 nœuds de vent. Les hélices qui tournent, les safrans qui vibrent lors des départs aux surfs, les vagues qui tapent sous la nacelle à vous faire tomber les verres sur la table ou casser la vaisselle dans les placards. Au large dans la brise, un catamaran est aussi inconfortable qu'un monocoque, c'est un bateau qui navigue, qui bouge et qui vit sa vie. Mais jusqu'à 20 nœuds de vent, un catamaran cela vous change la vie, il allie confort, espace et vitesse, le tout à plat ce qui est appréciable. L'alizé est régulier, nous faisons de moyennes journalières entre 170 et 200 milles, mais ce qui différencie le Pacifique, c'est la gigantesque houle du sud d'un hauteur de 3 à 5 mètres, mais avec une période de 20 secondes. Le quotidien s'est adapté au rythme de cette "transPac", notre équipier Didier se partage les nuits avec le skipper et les journées tournent autour des repas, de la vaisselle, de la pêche, des parties endiablées de scrabble et de jass et d'un peu de cinéma en fin de journée. Chantal, que je n'ose plus appeler la mousse, participe à toutes les activités du bord, y compris le conditionnement du poisson après la pêche, elle est devenue un marin a part entière. Nous avons pêcher un thon, une dorade coryphène, mais Didier a réussi à remonter un tazard de 1,60 mètre qui devait peser près de 30 kilos. Alors nous avons décrété un moratoire pour la pêche, car notre frigo est plein et que le poisson figure au menu tous les jours. Nous avons aussi commencé à sécher quelques morceaux, que nous consommerons plus tard. Une traversée idéale, comme dans les livres, 3'191 milles en 19 jours, soit une moyenne de 6,9 nœuds pour arriver à Hiva-Oa. L'alizé était bien établi entre 15 et 20 nœuds, sauf deux jours de brise à 25 et 30 nœuds et deux autres journées de calme à moins de 10 nœuds. Nous avons parcouru 202 milles en 24 heures pour notre meilleure journée et 115 pour notre plus lente. Aux niveau des problèmes, nous avons perdu l'hélice bâbord et avons un problème de refroidissement sur le générateur. Mais maintenant nous sommes en Polynésie! Le skipper a enfin atteint son but et vit ses rêves, ouf! dès maintenant nous pourrons encore mieux prendre le temps de vivre, n'est-ce pas le leitmotiv de notre voyage, "prends le temps ...".

19.05.10

Après quelques escales dans l’archipel des Las Perlas nous quittons le Panama et entamons la traversée pour les Galápagos. C’est une navigation un peu imprévisible, car nous devons traverser l’équateur et la zone de convergence qui lui est associée. Zone qui n’a pas de vent établi, où les grains et les orages sont parfois violents ou une petite aide des moteurs est le bienvenu. Nous avons eu de la chance, sur nos sept jours de traversée seulement un gros grain avec de la pluie et une rafale de vent à 40 nœuds. Sur un total de 927 milles nous en avons fait 290 au moteur, ce qui est raisonnable sur ce trajet à cette époque de l’année. Dès notre arrivée à Puerto Baquerizo Moreno sur l’île de San Cristobal, nous avons fait les inévitables formalités qui sont ici les plus chères payées au cours de notre voyage. Les fonctionnaires ont à peine quitté notre bord, que nous avons la visite des otaries qui sont vraiment sans gène, elles montent sur le pont de notre bateau et se laissent approcher de très près. Nous devons les chasser, car leurs salissures sont pires que celles des mouettes ! En ville elles dorment tout le long du front de mer, sur la plage, les bancs publics, et les places de jeux, il y en a des centaines. Notre agent Pablo nous a organisé une visite de l’île, les tortues géantes, les iguanes marins qui sont bruns foncés car ils mangent des algues noires, les oiseaux et plantes uniques de cet archipel. Nous sommes allés à la plage qui se situe juste à la sortie de la baie, munis de nos masques, palmes et combinaisons, car l’eau n’est plus qu’a 20 degrés. Sur le sable de nombreuses otaries se prélassent au soleil entre deux bains. Dans l’eau elles sont d’une agilité incroyable, joueuses et curieuses elles viennent nager tout près de nous, c’est une expérience vraiment unique. Il y a également des tortues marines en grand nombres qui nagent avec nous. Dommage, mais compréhensible que les bateaux ont interdiction de bouger du port d’entrée, sauf s’ils ont payé cher le droit de faire escale dans les quatre ports de l’archipel. Les mouillages sont totalement interdits ceci pour la protection de l’environnement et de la faune, suite à des abus et des déprédations qui étaient fait par certains plaisanciers. L'homo touristicus, est ici comme ailleurs une charge pour la faune, le comportement irresponsable de certains, par ignorance je l'avoue, met la faune à rude épreuve. Par exemple, se couvrir de produits toxiques (la crème solaire) pour aller se baigner avec les animaux est un exemple, car ces crèmes sont irritantes pour les yeux des otaries. Nous avons eu la visite à notre bord de Brittany, Danielle, Kai et Susie, des étudiants de l’université de Washington DC qui sont aux Galápagos pour faire un travail sur les énergies renouvelables, solaire et éolienne. Ils étaient très intéressés d'apprendre que nous vivons presque exclusivement de ces énergies. Demain nous partons pour la grande traversée sur les Marquises, 3'000 milles devant nous, toujours avec notre équipier Didier qui a pris goût au grand large.

 
04.05.10

Shelter Bay Marina, dans la zone du canal de Panama est construite dans l'ancienne base Américaine de "Fort Sherman". C'est de là que les bateaux de plaisance attendent pour le passage, attendent pour les formalités, attendent pour mettre le bateau à terre, attendent l'arrivée d'un avion ou attendent diverses pièces commandées aux USA ou ailleurs. Nous accueillons à bord notre équiper Didier qui va nous accompagner ces prochaines semaines. Puis arrive le grand jour, le passage tant attendu. Pour commencer nous nous déplaçons au point "F" et attendons le pilote, puis dans le courant de l'après-midi, avec notre pilote cap sur les trois écluses de Gatun. Arrivés face à la première porte nous prenons deux monocoques à couple et nous entrons dans l'écluse, on nous lance les toulines pour nous prendre les amarres et nous positionner derrière un cargo. la porte se ferme et le remplissage commence dans un impressionnant bouillonnement. C'est ainsi que nous montons de neufs mètres dans chaque écluse. A la sortie de la dernière, cap sur un mouillage pour la nuit, le pilote nous quitte en nous donnant rendez-vous pour le lendemain matin à six heures. La soirée est conviviale autour d'un repas partagé avec nos "line handler" australiens Bryan et Anne. En effet, pour le passage du canal chaque bateau doit avoir à son bord le skipper et quatre personnes pour manœuvrer les aussières de 50 mètres. Alors il est normal que les plaisanciers s'entre aident et que l'on fasse une fois le trajet comme équipier, moi même je l'ai fait avec Guillaume sur "Mirail". Au lever du jour avec notre nouveau pilote nous passons juste vers le chantier des nouvelles écluses qui seront inaugurées en 2014 pour le centième anniversaire du canal. Puis nous partons le long du chenal qui balise la traversée du lac Gatun et nous entrons dans la célèbre Galiott Cut, passage creusé à travers la montagne. C'est ici que le premier projet de canal de Ferdinand De Lesseps à échoué, avec 20'000 morts sur le chantier et le scandale financier qui s'en suivit. Après avoir parcouru 28 milles nous sommes devant l'écluse de Pedro Miguel, suivie un peu plus loin des deux écluses de Miraflores qui vont nous redescendre de 27 mètres. La différence, c'est que sur les écluses descendantes nous sommes normalement devant les cargos, mais nous étions seuls toujours avec nos monocoques à couple. Puis nous apercevons déjà le pont des Amériques, et là, c'est le Pacifique! Amarrage sur une bouée au Yacht Club de Balboa, remettre nos amarres louées à notre agent, se débarrasser de notre blindage de pneus et l'aventure peut continuer sur le plus grand océan du monde. Le passage du canal reste un moment très fort, riche en émotions, nous sommes sur l'une des merveille du monde moderne. L'organisation y est incroyable, les investissements pour l'agrandissement encore plus, cela va couter 7 milliards de dollars pour pouvoir passer avec des bateaux d'une capacité de 12'000 containers. Le trafique journalier actuel est en moyenne de 50 cargos d'une capacité d'environ 5000 containers, ce qui représente 5% du commerce maritime mondial. Un cargo paye de 60'000 à 200'000 dollars pour un passage, ce  qui rapportent 5 millions de dollars par jour à la compagnie du canal. Tous les travaux, élargissement, construction, dragage, entretien etc... sont fait 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et sans interrompre le trafique. Pour conclure il n'y a qu'un mot "phénoménal".

17.04.10 Grand Cayman, la principale des trois îles, celle où il y a la Capitale, George Town , et bien il n’y a rien d’autre à voir, que ce que l’on a déjà vu et revu. Six paquebots en rade le même jour ! Les Us Virgin ou St Martin sont battus, le chiffre d’affaire dans les boutiques de montres Suisse sans doute aussi. Ces îles sont connues pour leur activité bancaire et pour les nombreux pavillons de complaisance arborés par des yachts de luxe et sa plage longue de 7 miles avec tous les hôtels internationaux. Si la plongée vous intéresse les spots sont nombreux et les fonds préservés avec une eau limpide, si non ces îles n’ont strictement aucun intérêt.  Alors, après une escale de quelques jours pendant lesquels nos amis sont repartis,  (les bons moments entre amis passent décidément trop vite) cap au sud pour une traversée de 600 milles, avec l’alizé bien établi à 15 nœuds cette distance est avalée en quatre jours. Nous voila arrivé au Panama, dans l’archipel des San Blas, c’est le territoire des indiens « Kuna » qui ont une autonomie régionale. L’aéroport de Porvenir où nous faisons les formalités est construit sur un îlot et sa piste doit être plus petite que celle des portes avions que nous avons vu à Norfolk ! Deux vols journalier de la compagnie Aeroperlas, relie les San Blas à Panama City. L’archipel des San Blas est composé de centaines d’îlots, les plus petits abritent quelques cocotiers et une hutte. L’ilot est  occupé temporairement par une famille qui en est en général propriétaire et qui exploite les noix de coco. Les plus grandes îles comme Soledad par exemple, ont un village de 1'200 habitants sur une surface de trois hectares, avec de l’eau courante mais pas d’électricité. Ces villages ont des huttes , avec des toits en palmes ,dans les quelles vivent une famille, qui compte souvent 15 à 20 personnes de trois générations. Chaque village à une école, une église et une salle communale où les habitants se réunissent 2 à 3 fois par semaine pour débattre des travaux communautaires et de la politique du village. Les îles ne sont pas très éloignées de la côte, mais suffisamment pour les mettre à l’abri des insectes et des rongeurs. Les hommes vont avec leur pirogue à voile sur la côte, ils se fournissent en bois pour la construction des huttes, reviennent avec de la nourriture, fruits, légumes et du poisson péché en chemin. C’est aussi à la côte que sont construites ou plus tôt taillées les nouvelles pirogues qui ne sont que de troncs d’arbre évidé. De plus en plus d’hommes Kuna travaillent à Colon ou à Panama City ou encore au canal, alors que les femmes ont gardé leur rôle traditionnel. En effet,  la société Kuna est matriarcale, se sont les femmes qui transmettent le patrimoine, elles en sont propriétaires, elles élèvent les enfants qui sont nombreux et s’occupent des tâches domestiques.  Les jeunes femmes fabriquent les fameux « molas » ce sont jusqu’à 5 tissus multicolores découpés et mis les uns sur les autres puis cousus ensemble  à la main. Les femmes âgées vont les vendre car leur vue ne leur permet plus de coudre. Cette région est un vrai paradis pour naviguer, les distances sont courtes, les mouillages nombreux, l’eau limpide et les Kuna accueillants. Nos impressions : magique, féerique et intemporel  on se croit dans un autre monde, à  une autre époque.
 

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